LE MAL FRANÇAIS
(janvier 2019

Le problème ne réside pas

dans les inégalités (matérielles)

mais dans les injustices (sociales)

 

Le fameux « mal français » remonte très loin dans le temps et aucun politique ni aucun journaliste n’arrive à évoquer la véritable origine ni à proposer la moindre réforme. Il s’est récemment concrétisé de façon inconsciente  au travers du mouvement des gilets jaunes ce qui permet, à partir de leur typologie et de quelques données sociologiques, d’en discerner la nature.

 

ORIGINES

 

origines sociologiques

 

  •  Une typologie spécifique des gilets jaunes
     

- Ce sont des hommes de 30 à 50 ans en moyenne, on voit au début relativement peu de femmes parmi eux. Ils lisent très peu pour ne pas dire pas du tout et croit uniquement ce qu’ils voient et entendent sur les réseaux sociaux.

Ils sont complotistes. Ils pensent que les médias déforment les informations pour favoriser le pouvoir en place - à titre d’exemple, concernant l’attentat de Strasbourg, près de 50 % croient à une manipulation du gouvernement. De manière plus générale, près de 40 % d’entre eux croient aux théories complotistes contre 21 % en moyenne pour les Français (voir Enquête complotisme 2019 fondation Jean Jaurès).

- Ils sont souvent d’origine provinciale et a priori ils ne travaillent pas dans de grandes entreprises ou dans les services de la puissance publique. On peut en déduire qu’en raison de leur situation précaire, ils ont peu l’occasion de faire entendre leur mécontentement, notamment au travers de grèves qui risqueraient de remettre en cause leur emploi.

- Les participants, mis à part quelques casseurs très minoritaires, ne viennent pas des banlieues. Peu d’entre eux sont d’origine immigrée alors que cette population représente 6,5 millions de personnes soit environ 10 %. (Check News via Libération 6/04/2018)

 

 

  • Des Français ignorants en matière d’économie


Il suffit d’écouter les demandes de certains manifestants ou des leaders politiques d’extrême droite ou d’extrême gauche pour comprendre que l’économie n’est pas la tasse de thé des Français.

- Le Point (31/01/2019) a repris une enquête IFOP commandée par la fondation Concorde qui est un « think tank ». Elle fait apparaître les points suivants :

  • 63 % des Français n’ont pas la moindre idée du montant du PIB ;
  • 1 français sur 2 ne connaît le montant du SMIC  – 1200 net/mois €environ ;
  • 65 % ne  connaissent pas le montant de la dette publique = au PIB .

 

Ces maigres résultats se dégradent encore si l’on considère uniquement les français qui n’ont pas le bac :

  • 72 % ignorent le montant du PIB
  • 54% méconnaissent le niveau du SMIC
  • 75% n’ont aucune idée de la hauteur de la dette publique.

Comme le dit Jean Tirol, notre prix Nobel d’économie cité par Les Echos « la manière dont les citoyens français entrevoient les conditions économiques s’inscrit rarement en phase avec la réalité »

 

- Une autre enquête (réalisée par Harris interactive pour l’institut fiscal Vauban – 2018 / Le Point 2422) apporte un éclairage sur la méconnaissance des Français en matière d’impôt sur le revenu, pourtant une revendication récurrente des gilets jaunes pour une meilleure justice fiscale.

 

Lorsqu’on interroge les Français sur leur conception de la justice fiscale en matière d’impôt sur le revenu, le système d’impôt progressif fait l’objet d’un rejet massif de la population : il ne recueille que 13 à 14 % d’avis favorables.

 

REVENU en € / mois)

Base célibataire

REPONSE A LA QUESTION

Quel impôt par an serait juste pour un revenu de ..?

REALITE

2 000

1600 – réponse donnée comme référentiel

 

6 000

4 800 à 53 %

13 000

20 000

16 000 à 57 %

80 000

 

Les Français se révoltent contre les riches, mais en même temps ils souhaitent qu’ils paient moins d’impôts.

  
  • Un très faible niveau d’études scolaires

- 20 % d’une tranche d’âge (800 000 p) sort du système scolaire sans aucun diplôme. Cela veut dire qu’environ 160 000 garçons et filles entrent chaque année dans la vie active sans aucun bagage ce qui en fait des chômeurs ou des marginaux en puissance. On estime (Le Canard Enchainé du 13 mars 2019) que 46 % d’entre eux n’utilisent pas Internet. La solution qui revient de façon récurrente depuis plusieurs dizaines d’années (chaque ministre l’annonce à son arrivée) serait l’apprentissage qui n’a jamais vraiment décollé pour diverses raisons sociologiques,  culturelles et incompétence.

- En 2016 selon la dernière enquête PISA, la France se situe toujours à un très mauvais niveau qui ne va pas en s’améliorant au fil des années. L’objectif de cette enquête est de « déterminer ce que les élèves de 15 ans peuvent faire avec ce qu’ils savent ». Les résultats ont été publiés en décembre 2016 et une nouvelle étude sortira en 2019. La France perd un rang et se situe à la 26e position sur 70 pays. Les deux premiers pays sont Singapour et le Japon. Le Royaume-Uni et l’Allemagne sont 15e ex aequo. Au niveau scientifique la performance de la France est moyenne avec une baisse sur le long terme. En revanche, l’Hexagone fait partie des pays de l’OCDE possédant le plus d’élèves performants en sciences. Cela conforte le point suivant.

 

 

  • La France  le pays de la reproduction sociale.
    Plus on vient d'un milieu social défavorisé et moins on a de chances de réussir à l'école.

-  Une première donnée significative a été fournie par Najat Vallaud Belkacem en commentant l’enquête Pisa (précédente) : » Il semblerait que 40 % des élèves de milieux défavorisés soient en difficulté ».

 

On peut faire les quelques commentaires suivants :
- Les enfants des commerçants/chef d’entreprise et les professions libérales/cadres supérieurs représentent près 40 % des étudiants.

Plus les études sont longues plus on retrouve les descendants de cadres supérieurs

 

- Ces données sont confortées sur le site des « Inégalités sociales » à l’adresse suivante : https://www.inegalites.fr/Les-milieux-populaires-largement-sous-representes-dans-l-enseignement-superieur?id_theme=17 – tableau 2

 

- Une donnée particulièrement inégalitaire : dans les classes préparatoires, 50 % des élèves sont des enfants de cadre supérieur.

 

- Nos 3 grandes écoles (Normale Sup, Polytechnique et l’ENA) ont un taux très faible de fils d’ouvriers de l’ordre de 2%.

 

 

 

[3] Origine sociale des étudiants français dans les universités par sexe et par cursus LMD en 2013-2014

 

 

 (France métropolitaine + DOM)

                     

 

 

 

Cursus licence

Cursus master

Cursus doctorat

Ensemble

Typologie de base

 

Hommes

Femmes

Total

Hommes

Femmes

Total

Hommes

Femmes

Total

Hommes

Femmes

 

 

Agriculteurs

1,5

1,9

1,7

1,4

1,9

1,7

1,3

1,5

1,4

1,5

1,9

1,6

 

Artisans, commerçants, chefs d'entreprise

8,0

8,0

8,0

6,6

6,8

6,7

4,9

5,0

4,9

7,4

7,5

6,5

 

Professions libérales, cadres supérieurs

29,9

26,5

28,0

36,0

32,5

33,9

35,4

35,0

35,2

32,1

28,9

18

 

Professions intermédiaires

14,0

13,4

13,6

11,7

11,4

11,5

10,0

10,1

10,0

13,1

12,6

25,7

 

Employés

14,0

14,6

14,3

9,6

9,7

9,7

7,0

7,2

7,1

12,3

12,7

12,6

 

Ouvriers

12,2

12,9

12,6

7,5

7,9

7,7

5,2

5,0

5,1

10,4

10,9

20,8

 

Retraités, inactifs

11,8

13,3

12,6

13,2

13,7

13,5

19,9

20,4

20,1

12,5

13,6

 

 

Non renseigné

8,6

9,4

9,1

14,0

16,0

15,2

16,3

16,0

16,1

10,6

12,0

0,3

 

Ensemble

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

 

 

Effectifs

354 324

450 234

804 558

174 480

266 468

440 948

18 611

17 572

36 183

547 415

734 274

 

 

Sources : MENESR-DGESIP-DGRI-SIES / Système d’information SISE, enquêtes menées par le SIES sur les écoles d’ingénieurs, les établissements d’enseignement supérieur non rattachés aux universités, les STS et CPGE collectées par le MENESR-DEPP, enquêtes spécifiques aux ministères en charge de l’Agriculture, de la Santé, des Affaires sociales et de la Culture.

   

 

 

 

Origine professions libérales et cadre : représentation des étudiants est de + 12 % en regard de la typologie de base de la populationnationale

Origine professions intermédiaires : - 12 % en regard de la typologie de base

Origine ouvrier : – 10 % en regard des la typologie de base

 

 

 

ORIGINE POLITIQUE :
LA FAILLITE DE L’EDUCATION NATIONALE

Les données de base qui ont été développées précédemment démontrent que notre éducation nationale est un échec complet. On ne peut l’attribuer à tel ou tel bord politique, car cette situation perdure depuis plusieurs décennies jusqu’à, éventuellement, en trouver l’origine en mai 68. Les conséquences sont désastreuses et expliquent tout ou partie des problèmes actuels. Il est quand même hallucinant que dans tous les débats sur le problème des gilets jaunes et du mécontentement social personne n’évoque ce problème.

On peut dire que l’Éducation nationale a failli à ses deux principales missions qui consistent à :

- fournir un maximum de connaissance afin de préparer la population à une activité professionnelle,

- favoriser l’ascenseur social afin d’estomper les inégalités sociales de naissance.

Ces deux missions ne sont pas remplies et c’est un phénomène inverse qui se produit.

Les raisons qui expliquent cette faillite sont de plusieurs ordres :

  1. Un mammouth de 1,2 M de personnes qui dégénèrent de façon récurrente. Il n’évolue pas en raison de sa taille et du poids des politiques et syndicats. Cette entité représente la 8e entreprise mondiale en termes de salariés dans la même entité.

 

  1. En complément de cette donnée, le mammouth est dirigé par un « PDG » qui change tous les deux ans. Depuis 1981 18 ministres ont dirigé cet ensemble, dont certains ou certaines n’avaient peut-être pas la compétence pour ce poste.

 

  1. Le ministre se doit de composer avec des syndicats qui ont une approche plus idéologique que pratique. Leur position consiste à prétendre que pour ramener l’égalité entre les enfants de riches et de pauvres on ne fournit aucun référentiel relatif au contenu des programmes de telle sorte que les parents d’enfants favorisés ne puissent pas les aider. Ce qui revient à généraliser le nivellement par le bas.

Comme le disait Pierre-Antoine Delhommais (Le Point 2422), on est confronté à une population idéologiquement très orientée « anti libéral et keynésiano-marxiste ». Le plus bel exemple est sans doute celui de l’apprentissage de l’orthographe à partir de la théorie des ensembles qui était enseigné en Math Sup ou celui du complément d’objet direct qui se transformait en « predica ». On peut également citer le choix de la commission des programmes (Conseil supérieur des programmes)qui a retenu deux ouvrages d’auteurs du Moyen Âge pour lesquels il n’existe que deux exemplaires en France (Canard enchaîné du février 2019).Elle avait proposé de rendre obligatoire l’enseignement de l’islam au VIIe tandis que la chrétienté au Moyen-âge était facultative ;(Wikipédia fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_supérieur_des_programmes.)

 

 

  1. De plus, les réformes qui sont en cours sous la responsabilité du ministre actuel de l’éducation nationale et avec l’approbation du président Macron vont complètement à contresens des objectifs énoncés au début de ce paragraphe.

 

- On envisage au niveau gouvernemental de modifier l’orthographe de 2400 mots alors que le niveau d’illettrisme touche 2 500 000 de personnes (7 % des 18/65 ayant été scolarisés en France – chiffres Agence national de la lutte contre l’illettrisme ANLCI). Il faudrait peut-être mieux dépenser l’énergie de l’éducation nationale à apprendre l’orthographe aux élèves sur les bases existantes.

- La réforme prévue pour le baccalauréat qui est la porte d’entrée presque obligatoire pour les études supérieures présente un niveau de complexité effarent : elle facilite pas le choix de bonnes orientations pour les enfants de milieux défavorisés dont les parents n’ont pas obligatoirement les informations nécessaires pour leur progéniture et ce dans cette phase très importante pour la suite de leur carrière professionnelle. On crée une usine à gaz avec des spécialités 12 et l’étudiant doit en choisir 3  soit 120 combinaisons possibles. En terminal 2 épreuves obligatoires dont philosophie ; les maths ne sont plus obligatoires ….

  1. Enfin la pédagogie d’enseignement des mathématiques n’a pas du tout évoluée et su s’adapter au contexte actuel et cela particulièrement dans les petites sections.

Les données sont affligeantes et cela ne me semble pas préoccuper nos dirigeants ni les syndicats de l’éducation nationale plus préoccupés par des problèmes politiques que par les problèmes sociaux.. En reprenant les chiffres publiés par le Parisien Weekend, en 10 ans, le score moyen des écoliers en matière d’additions, multiplications, et résolution de problèmes a dégringolé de 250 à 176 points (étude de la Depp agence du ministère de l’Education). On retrouve ces données négatives dans le classement PISA (acquis des élèves de 15 ans) où la France se situe 26 sur 70 (Singapour est au premier rang d’où le nom donné à une méthode d’enseignement des maths).

 

 

REFORMES INDISPENSABLES

 

des reformes au niveau national

 

Face à ce désastre social et économique, il est urgent de mettre en place des réformes qui nécessitent une véritable volonté politique et porte principalement sur l’Education nationale. En raison de la taille du mammouth, ces réformes vont nécessiter du temps pour se traduire dans concrètement. L’objectif serait que ces réformes soient mises en place avant la fin du présent quinquennat.

 

Ne sont proposés ici que des axes de réflexion, car cela nécessite d’être largement approfondi et précisé.

 

  1. Il faudrait en premier lieu que le ministre de l’Éducation nationale ait un statut proche de celui de premier président de la Cour des comptes c’est-à-dire qu’il soit nommé par consensus entre le parti au pouvoir et l’opposition et ce pour sur une durée longue limitée par l’âge de la retraite par exemple. C’est ainsi que Didier Migaud peut diriger en toute indépendance la Cour des comptes et émettre des critiques pertinentes sur le pouvoir en place.

 

  1. Parallèlement il serait nécessaire de dissoudre complètement la commission des programmes en mettant une équipe pluridisciplinaire issue d’origines très différentes. Dans cette commission il conviendrait de créer une section particulière liée à l’apprentissage.

 

  1. Enfin il faudrait, surtout vis-à-vis des milieux les moins favorisés, simplifier la structure et les dénominations des différentes sections d’enseignement. A la manière de ce qui existait dans les années 60, on pourrait revenir à trois voies : scientifique, littéraire, autre (on pourrait l’appeler aujourd’hui économie ou économie/informatique.). Cela permettrait aux élèves du secondaire de se repérer facilement plutôt que de se noyer dans un capharnaüm de possibilités.

Les réformes prévues vont à contresens.

 

  1. Enfin mettre en place des démarches pédagogiques adaptées au contexte actuel qui s’appuieraient sur des expériences concrètes qui ont montré l’impact bénéficiaire sur le niveau des élèves. Cela est d’autant plus nécessaire pour les mathématiques car ils représentent la base pour tous les autres sciences et particulièrement pour l’Economie. Cédric Villani (médaille Fields en math) a proposé dans un rapport 21 mesures pour améliorer l’enseignement maths. Notre ministre actuel n’a rien évoqué sur ce point dans sa réforme.

 

 

des reformes au niveau local

 

Il est évident que les collectivités locales ou associationsne peuvent prendre en charge les réformes nationales, mais il est possible d’envisager localement des actions concrètes pour limiter les inégalités qui viennent, comme nous l’avons vu, au départ par l’éducation. On peut proposer trois actions concrètes et simples à mettre en place en un semestre.

 

  1. Des formations gratuites tous les 15 jours sur une durée de 2h00 sur des thèmes d’économie politique comme :

- La constitution

- Les différents types d’élections ;

- L’organisation administrative en France ;

- La nature des dépenses publiques ;

- La nature des impôts…

Cela se ferait sous forme d’exposés d’une 1h1/2 avec un membre d’association ou du conseil municipal et un invité reconnu comme spécialiste des domaines concernés.

Cet exposé serait suivi de 30 minutes consacrées à des commentaires sur l’actualité politique.

 

  1. Une lettre mensuelle « a politique » qui ferait la synthèse des articles intéressants et pédagogiques sur l’actualité économique et politique.

 

  1. Un pool de bénévoles qui pourrait accompagner (une à deux heures par semaine) des élèves en difficulté scolaire. Certaines associations le font déjà régulièrement.

 

  •  

 

LE MAL FRANÇAIS
(janvier 2019

Le problème ne réside pas

dans les inégalités (matérielles)

mais dans les injustices (sociales)

 

Le fameux « mal français » remonte très loin dans le temps et aucun politique ni aucun journaliste n’arrive à évoquer la véritable origine ni à proposer la moindre réforme. Il s’est récemment concrétisé de façon inconsciente  au travers du mouvement des gilets jaunes ce qui permet, à partir de leur typologie et de quelques données sociologiques, d’en discerner la nature.

 

ORIGINES

 

origines sociologiques

 

  •  Une typologie spécifique des gilets jaunes
     

- Ce sont des hommes de 30 à 50 ans en moyenne, on voit au début relativement peu de femmes parmi eux. Ils lisent très peu pour ne pas dire pas du tout et croit uniquement ce qu’ils voient et entendent sur les réseaux sociaux.

Ils sont complotistes. Ils pensent que les médias déforment les informations pour favoriser le pouvoir en place - à titre d’exemple, concernant l’attentat de Strasbourg, près de 50 % croient à une manipulation du gouvernement. De manière plus générale, près de 40 % d’entre eux croient aux théories complotistes contre 21 % en moyenne pour les Français (voir Enquête complotisme 2019 fondation Jean Jaurès).

- Ils sont souvent d’origine provinciale et a priori ils ne travaillent pas dans de grandes entreprises ou dans les services de la puissance publique. On peut en déduire qu’en raison de leur situation précaire, ils ont peu l’occasion de faire entendre leur mécontentement, notamment au travers de grèves qui risqueraient de remettre en cause leur emploi.

- Les participants, mis à part quelques casseurs très minoritaires, ne viennent pas des banlieues. Peu d’entre eux sont d’origine immigrée alors que cette population représente 6,5 millions de personnes soit environ 10 %. (Check News via Libération 6/04/2018)

 

 

  • Des Français ignorants en matière d’économie


Il suffit d’écouter les demandes de certains manifestants ou des leaders politiques d’extrême droite ou d’extrême gauche pour comprendre que l’économie n’est pas la tasse de thé des Français.

- Le Point (31/01/2019) a repris une enquête IFOP commandée par la fondation Concorde qui est un « think tank ». Elle fait apparaître les points suivants :

  • 63 % des Français n’ont pas la moindre idée du montant du PIB ;
  • 1 français sur 2 ne connaît le montant du SMIC  – 1200 net/mois €environ ;
  • 65 % ne  connaissent pas le montant de la dette publique = au PIB .

 

Ces maigres résultats se dégradent encore si l’on considère uniquement les français qui n’ont pas le bac :

  • 72 % ignorent le montant du PIB
  • 54% méconnaissent le niveau du SMIC
  • 75% n’ont aucune idée de la hauteur de la dette publique.

Comme le dit Jean Tirol, notre prix Nobel d’économie cité par Les Echos « la manière dont les citoyens français entrevoient les conditions économiques s’inscrit rarement en phase avec la réalité »

 

- Une autre enquête (réalisée par Harris interactive pour l’institut fiscal Vauban – 2018 / Le Point 2422) apporte un éclairage sur la méconnaissance des Français en matière d’impôt sur le revenu, pourtant une revendication récurrente des gilets jaunes pour une meilleure justice fiscale.

 

Lorsqu’on interroge les Français sur leur conception de la justice fiscale en matière d’impôt sur le revenu, le système d’impôt progressif fait l’objet d’un rejet massif de la population : il ne recueille que 13 à 14 % d’avis favorables.

 

REVENU en € / mois)

Base célibataire

REPONSE A LA QUESTION

Quel impôt par an serait juste pour un revenu de ..?

REALITE

2 000

1600 – réponse donnée comme référentiel

 

6 000

4 800 à 53 %

13 000

20 000

16 000 à 57 %

80 000

 

Les Français se révoltent contre les riches, mais en même temps ils souhaitent qu’ils paient moins d’impôts.

  
  • Un très faible niveau d’études scolaires

- 20 % d’une tranche d’âge (800 000 p) sort du système scolaire sans aucun diplôme. Cela veut dire qu’environ 160 000 garçons et filles entrent chaque année dans la vie active sans aucun bagage ce qui en fait des chômeurs ou des marginaux en puissance. On estime (Le Canard Enchainé du 13 mars 2019) que 46 % d’entre eux n’utilisent pas Internet. La solution qui revient de façon récurrente depuis plusieurs dizaines d’années (chaque ministre l’annonce à son arrivée) serait l’apprentissage qui n’a jamais vraiment décollé pour diverses raisons sociologiques,  culturelles et incompétence.

- En 2016 selon la dernière enquête PISA, la France se situe toujours à un très mauvais niveau qui ne va pas en s’améliorant au fil des années. L’objectif de cette enquête est de « déterminer ce que les élèves de 15 ans peuvent faire avec ce qu’ils savent ». Les résultats ont été publiés en décembre 2016 et une nouvelle étude sortira en 2019. La France perd un rang et se situe à la 26e position sur 70 pays. Les deux premiers pays sont Singapour et le Japon. Le Royaume-Uni et l’Allemagne sont 15e ex aequo. Au niveau scientifique la performance de la France est moyenne avec une baisse sur le long terme. En revanche, l’Hexagone fait partie des pays de l’OCDE possédant le plus d’élèves performants en sciences. Cela conforte le point suivant.

 

 

  • La France  le pays de la reproduction sociale.
    Plus on vient d'un milieu social défavorisé et moins on a de chances de réussir à l'école.

-  Une première donnée significative a été fournie par Najat Vallaud Belkacem en commentant l’enquête Pisa (précédente) : » Il semblerait que 40 % des élèves de milieux défavorisés soient en difficulté ».

 

On peut faire les quelques commentaires suivants :
- Les enfants des commerçants/chef d’entreprise et les professions libérales/cadres supérieurs représentent près 40 % des étudiants.

Plus les études sont longues plus on retrouve les descendants de cadres supérieurs

 

- Ces données sont confortées sur le site des « Inégalités sociales » à l’adresse suivante : https://www.inegalites.fr/Les-milieux-populaires-largement-sous-representes-dans-l-enseignement-superieur?id_theme=17 – tableau 2

 

- Une donnée particulièrement inégalitaire : dans les classes préparatoires, 50 % des élèves sont des enfants de cadre supérieur.

 

- Nos 3 grandes écoles (Normale Sup, Polytechnique et l’ENA) ont un taux très faible de fils d’ouvriers de l’ordre de 2%.

 

 

 

[3] Origine sociale des étudiants français dans les universités par sexe et par cursus LMD en 2013-2014

 

 

 (France métropolitaine + DOM)

                     

 

 

 

Cursus licence

Cursus master

Cursus doctorat

Ensemble

Typologie de base

 

Hommes

Femmes

Total

Hommes

Femmes

Total

Hommes

Femmes

Total

Hommes

Femmes

 

 

Agriculteurs

1,5

1,9

1,7

1,4

1,9

1,7

1,3

1,5

1,4

1,5

1,9

1,6

 

Artisans, commerçants, chefs d'entreprise

8,0

8,0

8,0

6,6

6,8

6,7

4,9

5,0

4,9

7,4

7,5

6,5

 

Professions libérales, cadres supérieurs

29,9

26,5

28,0

36,0

32,5

33,9

35,4

35,0

35,2

32,1

28,9

18

 

Professions intermédiaires

14,0

13,4

13,6

11,7

11,4

11,5

10,0

10,1

10,0

13,1

12,6

25,7

 

Employés

14,0

14,6

14,3

9,6

9,7

9,7

7,0

7,2

7,1

12,3

12,7

12,6

 

Ouvriers

12,2

12,9

12,6

7,5

7,9

7,7

5,2

5,0

5,1

10,4

10,9

20,8

 

Retraités, inactifs

11,8

13,3

12,6

13,2

13,7

13,5

19,9

20,4

20,1

12,5

13,6

 

 

Non renseigné

8,6

9,4

9,1

14,0

16,0

15,2

16,3

16,0

16,1

10,6

12,0

0,3

 

Ensemble

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

100,0

 

 

Effectifs

354 324

450 234

804 558

174 480

266 468

440 948

18 611

17 572

36 183

547 415

734 274

 

 

Sources : MENESR-DGESIP-DGRI-SIES / Système d’information SISE, enquêtes menées par le SIES sur les écoles d’ingénieurs, les établissements d’enseignement supérieur non rattachés aux universités, les STS et CPGE collectées par le MENESR-DEPP, enquêtes spécifiques aux ministères en charge de l’Agriculture, de la Santé, des Affaires sociales et de la Culture.

   

 

 

 

Origine professions libérales et cadre : représentation des étudiants est de + 12 % en regard de la typologie de base de la populationnationale

Origine professions intermédiaires : - 12 % en regard de la typologie de base

Origine ouvrier : – 10 % en regard des la typologie de base

 

 

 

ORIGINE POLITIQUE :
LA FAILLITE DE L’EDUCATION NATIONALE

Les données de base qui ont été développées précédemment démontrent que notre éducation nationale est un échec complet. On ne peut l’attribuer à tel ou tel bord politique, car cette situation perdure depuis plusieurs décennies jusqu’à, éventuellement, en trouver l’origine en mai 68. Les conséquences sont désastreuses et expliquent tout ou partie des problèmes actuels. Il est quand même hallucinant que dans tous les débats sur le problème des gilets jaunes et du mécontentement social personne n’évoque ce problème.

On peut dire que l’Éducation nationale a failli à ses deux principales missions qui consistent à :

- fournir un maximum de connaissance afin de préparer la population à une activité professionnelle,

- favoriser l’ascenseur social afin d’estomper les inégalités sociales de naissance.

Ces deux missions ne sont pas remplies et c’est un phénomène inverse qui se produit.

Les raisons qui expliquent cette faillite sont de plusieurs ordres :

  1. Un mammouth de 1,2 M de personnes qui dégénèrent de façon récurrente. Il n’évolue pas en raison de sa taille et du poids des politiques et syndicats. Cette entité représente la 8e entreprise mondiale en termes de salariés dans la même entité.

 

  1. En complément de cette donnée, le mammouth est dirigé par un « PDG » qui change tous les deux ans. Depuis 1981 18 ministres ont dirigé cet ensemble, dont certains ou certaines n’avaient peut-être pas la compétence pour ce poste.

 

  1. Le ministre se doit de composer avec des syndicats qui ont une approche plus idéologique que pratique. Leur position consiste à prétendre que pour ramener l’égalité entre les enfants de riches et de pauvres on ne fournit aucun référentiel relatif au contenu des programmes de telle sorte que les parents d’enfants favorisés ne puissent pas les aider. Ce qui revient à généraliser le nivellement par le bas.

Comme le disait Pierre-Antoine Delhommais (Le Point 2422), on est confronté à une population idéologiquement très orientée « anti libéral et keynésiano-marxiste ». Le plus bel exemple est sans doute celui de l’apprentissage de l’orthographe à partir de la théorie des ensembles qui était enseigné en Math Sup ou celui du complément d’objet direct qui se transformait en « predica ». On peut également citer le choix de la commission des programmes (Conseil supérieur des programmes)qui a retenu deux ouvrages d’auteurs du Moyen Âge pour lesquels il n’existe que deux exemplaires en France (Canard enchaîné du février 2019).Elle avait proposé de rendre obligatoire l’enseignement de l’islam au VIIe tandis que la chrétienté au Moyen-âge était facultative ;(Wikipédia fr.wikipedia.org/wiki/Conseil_supérieur_des_programmes.)

 

 

  1. De plus, les réformes qui sont en cours sous la responsabilité du ministre actuel de l’éducation nationale et avec l’approbation du président Macron vont complètement à contresens des objectifs énoncés au début de ce paragraphe.

 

- On envisage au niveau gouvernemental de modifier l’orthographe de 2400 mots alors que le niveau d’illettrisme touche 2 500 000 de personnes (7 % des 18/65 ayant été scolarisés en France – chiffres Agence national de la lutte contre l’illettrisme ANLCI). Il faudrait peut-être mieux dépenser l’énergie de l’éducation nationale à apprendre l’orthographe aux élèves sur les bases existantes.

- La réforme prévue pour le baccalauréat qui est la porte d’entrée presque obligatoire pour les études supérieures présente un niveau de complexité effarent : elle facilite pas le choix de bonnes orientations pour les enfants de milieux défavorisés dont les parents n’ont pas obligatoirement les informations nécessaires pour leur progéniture et ce dans cette phase très importante pour la suite de leur carrière professionnelle. On crée une usine à gaz avec des spécialités 12 et l’étudiant doit en choisir 3  soit 120 combinaisons possibles. En terminal 2 épreuves obligatoires dont philosophie ; les maths ne sont plus obligatoires ….

  1. Enfin la pédagogie d’enseignement des mathématiques n’a pas du tout évoluée et su s’adapter au contexte actuel et cela particulièrement dans les petites sections.

Les données sont affligeantes et cela ne me semble pas préoccuper nos dirigeants ni les syndicats de l’éducation nationale plus préoccupés par des problèmes politiques que par les problèmes sociaux.. En reprenant les chiffres publiés par le Parisien Weekend, en 10 ans, le score moyen des écoliers en matière d’additions, multiplications, et résolution de problèmes a dégringolé de 250 à 176 points (étude de la Depp agence du ministère de l’Education). On retrouve ces données négatives dans le classement PISA (acquis des élèves de 15 ans) où la France se situe 26 sur 70 (Singapour est au premier rang d’où le nom donné à une méthode d’enseignement des maths).

 

 

REFORMES INDISPENSABLES

 

des reformes au niveau national

 

Face à ce désastre social et économique, il est urgent de mettre en place des réformes qui nécessitent une véritable volonté politique et porte principalement sur l’Education nationale. En raison de la taille du mammouth, ces réformes vont nécessiter du temps pour se traduire dans concrètement. L’objectif serait que ces réformes soient mises en place avant la fin du présent quinquennat.

 

Ne sont proposés ici que des axes de réflexion, car cela nécessite d’être largement approfondi et précisé.

 

  1. Il faudrait en premier lieu que le ministre de l’Éducation nationale ait un statut proche de celui de premier président de la Cour des comptes c’est-à-dire qu’il soit nommé par consensus entre le parti au pouvoir et l’opposition et ce pour sur une durée longue limitée par l’âge de la retraite par exemple. C’est ainsi que Didier Migaud peut diriger en toute indépendance la Cour des comptes et émettre des critiques pertinentes sur le pouvoir en place.

 

  1. Parallèlement il serait nécessaire de dissoudre complètement la commission des programmes en mettant une équipe pluridisciplinaire issue d’origines très différentes. Dans cette commission il conviendrait de créer une section particulière liée à l’apprentissage.

 

  1. Enfin il faudrait, surtout vis-à-vis des milieux les moins favorisés, simplifier la structure et les dénominations des différentes sections d’enseignement. A la manière de ce qui existait dans les années 60, on pourrait revenir à trois voies : scientifique, littéraire, autre (on pourrait l’appeler aujourd’hui économie ou économie/informatique.). Cela permettrait aux élèves du secondaire de se repérer facilement plutôt que de se noyer dans un capharnaüm de possibilités.

Les réformes prévues vont à contresens.

 

  1. Enfin mettre en place des démarches pédagogiques adaptées au contexte actuel qui s’appuieraient sur des expériences concrètes qui ont montré l’impact bénéficiaire sur le niveau des élèves. Cela est d’autant plus nécessaire pour les mathématiques car ils représentent la base pour tous les autres sciences et particulièrement pour l’Economie. Cédric Villani (médaille Fields en math) a proposé dans un rapport 21 mesures pour améliorer l’enseignement maths. Notre ministre actuel n’a rien évoqué sur ce point dans sa réforme.

 

 

des reformes au niveau local

 

Il est évident que les collectivités locales ou associationsne peuvent prendre en charge les réformes nationales, mais il est possible d’envisager localement des actions concrètes pour limiter les inégalités qui viennent, comme nous l’avons vu, au départ par l’éducation. On peut proposer trois actions concrètes et simples à mettre en place en un semestre.

 

  1. Des formations gratuites tous les 15 jours sur une durée de 2h00 sur des thèmes d’économie politique comme :

- La constitution

- Les différents types d’élections ;

- L’organisation administrative en France ;

- La nature des dépenses publiques ;

- La nature des impôts…

Cela se ferait sous forme d’exposés d’une 1h1/2 avec un membre d’association ou du conseil municipal et un invité reconnu comme spécialiste des domaines concernés.

Cet exposé serait suivi de 30 minutes consacrées à des commentaires sur l’actualité politique.

 

  1. Une lettre mensuelle « a politique » qui ferait la synthèse des articles intéressants et pédagogiques sur l’actualité économique et politique.

 

  1. Un pool de bénévoles qui pourrait accompagner (une à deux heures par semaine) des élèves en difficulté scolaire. Certaines associations le font déjà régulièrement.

 

  •