UN CRIME D’ETAT

 

Le dossier à charge :19000 décés

 

 

 

 

 

DÉSASTRE SANITAIRE
ET / OU DÉSASTRE ORGANISATIONNEL
 ?

  • Les masques : l’arlésienne du coronavirus 
  • La chloroquine : une lutte d’ego, entre des mandarins
  • Le dépistage : un retard regrettable à l’allumage ;
  • Un système organisationnel pléthorique

 

LES RAISONS DE CE GACHIS: « E.N.A ».

E comme Etudes

N comme Nicotine ou chloroquine

A comme Achats

 

LES SOLUTIONS.: « S.O.S »

S comme sanctions exemplaires

O comme organisations nouvelles

S comme soutien en formation

 

CHIFFRES PRINCIPAUX

ARTICLES DE REFERENCES

 

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  Enfant du baby-boom, je suis né en 1946, je connais ainsi ma troisième grande épidémie grippale. Mes souvenirs sont flous pour la grippe asiatique (58), en revanche j’ai plus de réminiscences en regard de la grippe de Hong Kong (68), sûrement dû au fait que cette dernière se situait en simultané avec les événements de mai 68 et en plus j'avais été reçu à l'EPSPCI et allais intégrer en plus l'IEP Paris. En aucun cas ces périodes me laissent une image angoissante, la vie a continué de façon normale et surtout sans conséquence ni sociale ni économique. Comment se fait-il que pour le même type de catastrophe, avec des ordres de grandeur qui sont a priori équivalents ou même moindres, les effets risquent d'être beaucoup plus catastrophiques et pénalisants pour l’ensemble des Français ? (pourtant durant un demi-siècle des progrès importants dans la recherche médicale et les nouvelles technologies ont eu lieu !)

C’est pour cela que, profitant d’un confinement obligatoire, j’ai essayé à partir d’articles pertinents, issus de médias écrits et de mon expérience dans la gestion de projets et plus particulièrement dans le domaine des Achats (point clef dans la gabegie actuelle), de faire une synthèse des différents événements que je mets sous une dénomination commune :

 

Un crime d’État (+ 17 000 décès par rapport à l’Allemagne)

mettant en cause les instances sanitaires et gouvernementales françaises

 

   Pour ce faire, j’ai pris l’option de résumer et joindre des articles tout en décrivant les principales causes de cette catastrophe. Je m’appuierai sur quelques données très simples pour justifier mon analyse et partagerai pour conclure des courbes de synthèse.

 

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DÉSASTRE SANITAIRE

 

ET / OU DÉSASTRE ORGANISATIONNEL ?

 

   Pour répondre à cette question, je m’appuie sur un super édito de Bernard Henri Lévy et d’un article du Point qui fait un historique des pandémies précédentes (voir articles 1 et  2)

Comme l’écrit BHL, il est important de rappeler des événements analogues que les gens de ma génération ont connus :

Tout d’abord la « grippe » asiatique en 57/58 qui a fait environ 2 000 000 de morts avec pour la France des chiffres qui varient entre eux 25 000 et 100 000 selon les sources !

10 ans après, 68/69, à nouveau une pandémie qui vient également de la Chine et qui a fait 30 000 morts en France et a laissé peu ou pas de souvenir aux gens de ma génération. Plusieurs raisons peuvent expliquer cette absence de réminiscence :

  • La période post 68 qui était euphorique dans tous les sens du terme
  • La conjoncture économique qui était florissante avec un taux de chômage de zéro (200 000 chômeurs) correspondant au chômage structurel
  • L’absence totale de ces chaînes d’information en continue, TV et radio, qui nous abrutissent avec des données souvent non vérifiées et des débats de soi-disant « experts » qui ne recherchent que le sensationnel pour apparaître sur les plateaux télé. La crise actuelle n’aurait pas du tout le même impact psychologique et même économique si ces organismes d’information n’existaient pas. Ce n’est pas de l’information, mais du lavage de cerveau. On noie ainsi des erreurs dans un flot discontinu de données souvent erronées

   À partir de la définition de la pandémie, épidémie qui se développe dans plusieurs pays, on est bien face à ce phénomène, mais est-elle sanitaire et/ou organisationnelle ?

 

En effet, il apparaît de plus en plus fréquemment dans les médias, que le covid-19 actuel serait dû, dans un premier temps, à des erreurs organisationnelles de confinement dans les laboratoires chinois de Wuhan.

Certes, le développement de cette erreur s’est répandu à travers le monde, mais avec des conséquences très différentes selon les pays. Cela peut être dû à des différences sociologiques ou surtout à des différences d’organisation et de dirigeants politiques. Il en est ainsi en Europe avec des chiffres qui laissent à réfléchir particulièrement pour la France en regard de l’Allemagne.

 

 

Des données significatives de la France et de l’Allemagne,
deux pays similaires en termes de géographie et de population

 

ALLEMAGNE

FRANCE

REMARQUES

Population totale

83 M

67 M

 

% population de + de 65 ans

21,5 %

19,8 %

 

Dépenses de santé

11,2 % du PIB

11,3 % du PIB

 

Début du confinement

22 MARS

17 MARS

Sport sans restriction, autorisé en Allemagne

Nombre de lits de réa

25000

5000

 

Nombre de tests pour 10 000 hab

80

Norvège 164

15 – France, dernier pays avec Iran et Pologne

Au 31/04 et cela ne semble pas s’améliorer

Population infectée

154 175

124 475

 

Nombre de décès

5 640

22 856

 

Fin confinement

20 AVRIL

11 mai en partie

Manque de masques France

 

Il faut rappeler que pour la grippe de Hong-Kong, les chiffres France / Allemagne sont équivalents aussi bien en termes de contamination que de décès.

Les courbes d’évolution sont en fin du document.

   Les chiffres parlent d’eux-mêmes et on ne peut pas accepter, sans se révolter, qu’un pays comme le nôtre puisse avoir au moins 20 000 décès en plus pour un phénomène identique

Après avoir décrit rapidement les domaines dans lesquels ce désastre organisationnel a sévi, nous essayerons de trouver les origines réelles de ces dysfonctionnements. Je ferai appel à ce niveau à mon expérience de consultant et de formateur dans le milieu des Achats particulièrement publiques..

 

Sans entrer trop dans les détails, j’analyserai 4 thèmes dans lesquels ont sévi l’incompétence et la suffisance de nos responsables. Comme le souligne Marianne, dans son N° 1205 de mars 2020, seront-ils condamnés ? Comme ce fut le cas, mais très légèrement, lors scandale du sang contaminé (plus de 1000 contaminations avec décès).

 

Les thèmes analysés seront :

  • Les masques : l’arlésienne du coronavirus. ;
  • La chloroquine : une lutte d’ego entre des mandarins préoccupés par leur notoriété ;
  • Le dépistage : un retard regrettable à l’allumage ;
  • Un systeme organisationnel pléthorique.

 

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Les masques : l’arlésienne du coronavirus. 

(Voir articles 2-1 et 2-2)

 

  Ce thème a déjà été largement commenté dans différents médias et je m’appuie sur deux articles de Médiapart  (voir en fin de dossier) pour faire une synthèse rapide.

 

Une simple donnée : en 2017 les stocks comprenaient 754 millions et début 2020 117 millions !

A la date d’aujourd’hui, étant pourtant considéré à risque, je n’ai toujours pas pu obtenir de masques via les réseaux de pharmacie ni via une quelconque mairie. Cela fait plus de cinq semaines que nous sommes confinés, mais ils ne sont toujours pas à la disposition vis-à-vis du grand public. Mystère ? Ils arrivent !

Il semblerait qu’aux dernières nouvelles les quantités de masques prévus pour la population ne soient pas au rendez-vous.

 

   Sur ce thème il est important en préambule de préciser que Roselyne Bachelot, fortement  critiquée pour sa gestion de l’épidémie H1N1, roucoule sur les chaînes de télévision en continu en disant que elle avait bien prévu un nombre très important de masques (1,7 milliard ). Contrairement à ce qui est rapporté dans les médias actuels, ce n’est pas l’achat des masques qui est la critique, mais la gestion globale du processus de gestion de la crise. L’ensemble de ces erreurs aurait coûté environ près de 700 millions d’euros soit l’équivalent de trois hôpitaux flambant neufs.

Cela est particulièrement développé (page 110 à 120’) dans mon ouvrage publié en 2015 chez l’Harmattan sous le titre, « Le Gâchis – 30 milliards d’euros perdus par an dans les Achats publics »

L’analyse des dysfonctionnements que j’ai faite, fondée principalement sur des rapports de la Cour des comptes, des l’assemblées nationale et sénatoriale, rappelle fortement la situation actuelle aussi bien sur les causes et conséquences.

L’histoire se répète avec toujours les mêmes ingrédients : incompétence, bureaucratie, corruption… Il est affligeant que les pouvoirs politiques, souvent issus de l’ENA, ne prennent pas la peine de s’intéresser aux Achats publics en dehors du seul spectre juridique. Ce thème sera développé dans le dernier paragraphe sur les solutions à mettre en place pour éviter un renouvellement de ces gabegies.

 

 

  Les points clefs de l’enquête de Médiapart sur la crise actuelle peuvent se résumer ainsi :

  • Commandes très faibles fin janvier ;
  • Cellules interministérielles créées début mars souvent incompétentes ;
  • Informations fausses et dangereuses – le porte-parole de l’exécutif déclarait que le port du masque était inutile ;
  • Des soignants travaillent sans masque ;
  • Aucun stock stratégique pour l’État, conséquence de la transmission de la responsabilité aux employeurs comme les hopitaux (décision de Marisol Touraine)
  • Mensonge sur la pénurie avec de faux arguments sanitaires sur l’inutilité du masque (discours d’Édouard Philipe)
  • Agnes Buzin« Les risques de propagation du virus dans la population [française] sont très faibles. »
  • Elle récidive deux jours plus tard en minimisant encore le risque et en précisant que les stocks en cas de nécessité existent ;
  • Différents services interviennent, et cela de façon désordonnée (direction générale de la santé publique, ministère de la Santé, agence de la santé publique…) Évidemment aucun des intervenants n’a de compétences dans le domaine des achats.
  • Des professionnels dans le secteur, bien introduit dans le milieu en Chine, ont proposé plusieurs fois leur service sans aucune réponse de la part des services du Ministère de M. Véran. Ce dernier s’est même permis de d’évaluer certains professionnels de l’importation à partir de critères complètement subjectifs ;
  • D’autres ministères ont également été contactés par ces professionnels importateurs sans aucune réponse de la part des intéressés ;
  • Il est évident que dans cette gabegie le principal responsable est le ministère de la Santé avec à sa tête Olivier Véran qui avait remplacé Agnès Buzin.

 

Il est certain que si la problématique de l’approvisionnement en masques avait été parfaitement gérée on aurait évité un confinement qui va perdurer près de deux mois avec des conséquences psychologiques et économiques qu’il est difficile d’évaluer à ce stade. Les Allemands ont eu un confinement deux fois plus court avec un taux de mortalité trois à quatre fois moindre. Cherchez l’erreur !!

 

NB Libération du 28 avril a sorti un article sous le titre «  Masques, un fiasco et des mensonges » qui décrit également les origines de ces dysfonctionnements.

 

 

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La chloroquine : une lutte d’ego,

entre des mandarins préoccupés

par leur notoriété et d’éventuels intérêts financiers.

 (Voir articles 3-1 )

 

   La saga de la chloroquine a pour mérite de mettre en exergue lesluttes d’influence entre les différents acteurs de cette tragédie et d’appréhender une organisation pléthorique.

Il est évidemment difficile dans ma situation de donner un avis sur l’intérêt de la chloroquine, mais en revanche je partage l’opinion générale sur la faiblesse de la communication et de l’information.

J’essaye de présenter une rapide synthèse des recherches en cours.

 

   Didier Raoult a largement été présenté dans les différents médias avec deux facettes : un innovateur et un spécialiste des maladies infectieuses, un chercheur marginal dans ses expériences et dans son look et qui n’est pas aimé par bon nombre de ses pairs. Il refuse de participer à la commission du « Conseil scientifique ».

Il n’est pas apprécié dans certaines sphères du ministère de la santé, quelques faits :

- le mari d’Agnes Buzyn, Monsieur Levy, participe à l’inauguration du laboratoire P4 à Wuhan d’où le virus est sorti;

- avant cela, le même mari d’Agnes Buzyn s’est fâché avec Didier Raoult, en refusant  de l’INSERM au centre de recherche mondialement réputé (IHU) dirigé par le professeur Didier Raoult;

- le professeur Didier Raoult montre que le classique médicament de la Chloroquine soigne 90% des cas de coronavirus s’ils sont dépistés assez tôt, il s’oppose au confinement generalisé des porteurs sains qu’il juge digne du Moyen-Age. Il prône un depistage generalisé, et un traitement rapide avec la chloroquine, et avec confinement des seuls malades;

- la chloroquine coûte 10 centimes le comprimé; il est sûr que les laboratoires qui financent l’Inserm cherchent des solutions bien plus coûteuses;

- en octobre 2019, il faut savoir que Monsieur Levy, président de l’Inserm et mari de la ministre, a révoque le statut de « fondation » des IHU, pour reprendre le contrôle sur leur recherche - le Professeur Raoult dirige l’IHU de Marseille, et est visé directement par cette directive;

- le 13 janvier 2020, alors que l’épidémie se répand en Chine, Agnes Buzyn classe la Chloroquine (le fameux remède) dans les substances vénéneuses (disponible seulement sur ordonnance), alors que cela fait 50 ans qu’elle est en vente libre;

 

Courant mars ses essais sont reconnus d’autant que certains politiques en vantent les résultats, tel Christian Estrosi. Le 27 mars un décret encadre sa prescription et recommande son protocole pour des cas graves alors que l’intérêt de ce dernier se situe en début de contamination. Il semblerait qu’il existe des différences de points de vue entre « Christian Devaux » favorable à Raoult et « Frank Chauvin » et surtout Christian Chidiac, Président de la commission « maladies infectieuses et maladies émergentes » du Haut Conseil. De façon étonnante ce dernier a des liens d’intérêt important avec le laboratoire Gilead qui fabrique le remdésivir qui est le concurrent de la chloroquine (il en est de même de la vice-présidente de la commission citée ci-dessus).

Le Monde du 25 avril, dans un article indigne d’un organisme de presse national, dévalorise fortement l’hydroxychloroquine avec des données qui n’ont aucun sens et sans valeur significative.

 

Des tests avec différentes molécules sont en cours et il est difficile à la date d’aujourd’hui de savoir exactement les bénéfices de telle ou telle solution .On peut citer des essais sur

 Tocilizumab

 Zarilumab

 Médicaments contre cancer

 Remdevisir : résultats contradictoires

 Protocole de Raoult : nouvel essai au CHU de Montpellier

Il est évident que le « gagnant » apportera à son créateur ou au labo des avantages en terne de notoriété et financières. Les nouvelles varient tous les jours et les média insistent surtout sur les nouvelles négatives qui amplifient la morosité ambiante. 

 

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Le dépistage : un retard regrettable à l’allumage .

 

Article 4 1 et 4.2

 

  Une fois de plus la France prend du retard en regard des recommandations

de l’OMS qui recommandait à la mi-mars de tester de façon massive la

population française. Le gouvernement avec la responsabilité du ministère de

la Santé a, une fois de plus, fait preuve de négligence désastreuse.

 

  Cela commence par les premières erreurs de Jérôme Salomon directeur général de la santé DGS. Pour lui, ce qui compte - c’est de rester confiné - et il affirme qu’en circulation active le test n’a pas beaucoup d’intérêt. Pourtant le président du conseil scientifique, Jean-François Delfraissy, se prononce quant à lui en faveur des tests. Le Premier ministre et les ministres de la Santé mettent 10 jours pour reconnaître la nécessité de tester. On est déjà fin mars !

 

  Le problème qui se pose maintenant est de savoir si nous avons les capacités

de tester de façon importante la population française. Personne n’avait prévu cette difficulté. Par exemple il manque de manière flagrante des réactifs. L’Allemagne quant à elle arrive à la mi-avril à faire 100 000 testés par jour soit cinq fois plus qu’en France.

Ce problème est complexe car il existe différents types de tests, différents types de matériel (ouvert ou fermé –réactif lié à la machine), différents types de laboratoire (CHU, publics, privés, vétérinaires), différents types de fournisseurs pour les réactifs, différents types de tests (test PCR si on est infecté, tests sérologiques si on est immunisé)

 

  Des raisons administratives hallucinantes en partie dictées par les ARS 

ont bloqués ce système :

      Les 75 labos publics (analyse des eaux, hygiène..) qui dépendent du département donc du  préfet, n’ont pas eu l’autorisation pendant plus de 3semaines

     Il en est de même pour les labos vétérinaires qui étaient aptes de réaliser près de 300 000 tests par semaines. Raison invoquée « c’est à l’étude. »

      Les laboratoires privés ou des CHU fonctionnent en système fermé avec des capacités beaucoup plus faibles.

 

  Les articles joints sont parfaitement édifiants et  attristants sur ce problème.

D’où vient le blocage, et j’ose espérer que les commissions d’enquête qui vont sûrement se mettre en place à la fin de la pandémie pourront détecter l’ensemble des coupables !

 

Emmanuel Macron, dans le cadre du déconfinement, annonce une campagne massive de dépistage à partir du 11 mai. On a ainsi perdu près de 45 jours sachant qu’actuellement persiste une incertitude sur les capacités qui pourront être mises en place dans ce processus.

 

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Un système organisationnel pléthorique.

 

  Une part importante des problèmes évoqués vient d’une organisation indigne d’un pays comme la France. On ne peut pas incriminer uniquement le pouvoir actuel car ce système a été mis en place depuis de nombreuses années et personne n’a pris la peine de le réformer.

Cet important problème est géré par un certain nombre d’entités dont beaucoup dépendent du ministère de la Santé, mais il faut avouer qu’il est difficile de recon rmation en continue.

Ce système complexe aura l’avantage de diluer la responsabilité des erreurs actuelles ce qui va entraîner au moment où vous fera les comptes de cette gabegie une quasi-impossibilité de définir les responsables. Bon courage pour comprendre qui fait quoi !

 

En haut de l’échelle, on retrouve évidemment le ministère des Solidarités et de la Santé qui est dirigée par Olivier Véran suite à la démission d’Agnès Buzin. Il est chargé des affaires sociales, de la solidarité et de la cohésion sociale, de la santé publique et de la protection sociale.

  • Le haut conseil de la santé publique HCSP

Dépend du ministère de la Santé

Président : Frank Chauvin

Président de Commission spécialisée : Christian Chidiac

Le HCSP a pour missions de :

  1. contribuer à l’élaboration, au suivi annuel et à l’évaluation pluriannuelle de la Stratégie nationale de santé ;
  2. fournir aux pouvoirs publics, en lien avec les agences sanitaires, l’expertise nécessaire à la gestion des risques sanitaires ainsi qu’à la conception et à l’évaluation des politiques et stratégies de prévention et de sécurité sanitaire ;
  3. fournir aux pouvoirs publics des réflexions prospectives et des conseils sur les questions de santé publique ;
  4. contribuer à l’élaboration d’une politique de santé de l’enfant globale et concertée.

Le HCSP est organisé en quatre commissions spécialisées :

Et trois groupes de travail permanents :

 

 

  • Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale SGDSN
    Dépend du Premier ministre

- Objet garantir l’adaptation, la cohérence et la continuité de l’action de l’État dans le domaine de la défense et, plus récemment, de la sécurité

- De manière plus précise, il doit préparer les réponses face aux crises et assurer la coordination interministérielle pour la mise en œuvre des décisions gouvernementales

- Secrétaire général Mme Claire Landais ENA - direction : 1 Polytechnicien et 2 anciens de l’ENA

 

 

  • L’Agence de la Santé publique France

Tutelle ministère de la Santé

 

- C’est l’agence nationale de santé publique.

- Sa mission : améliorer et protéger la santé des populations.

- Conseil d’administration : 32 membres ; conseillers scientifiques : 27 membres ; conseil éthique : 7 membres ; comité d’orientation : 20 membres

- En tant qu'agence scientifique et d’expertise du champ sanitaire, Santé publique France a en charge :

 l'observation épidémiologique et la surveillance de l'état de santé des populations ;

 la veille sur les risques sanitaires menaçant les populations ;

 le lancement de l'alerte sanitaire ;

 la promotion de la santé et la réduction des risques pour la santé ;

 le développement de la prévention et de l'éducation pour la santé ;

 la préparation et la réponse aux menaces, alertes et crises sanitaires.

Marie Caroline Bonet Galzy présidente du conseil administration, HEC ENA

 

 

  • Direction générale de la Santé DGS

Ministère de la Sante

Président Jérôme Salomon

 

  « La mission stratégie et recherche de la DGS pilote et coordonne, dans le champ de la protection et de la promotion de la santé, la contribution de la DGS à la définition, au suivi et à l’évaluation des politiques de santé publique, de recherche, d’innovation et de données de santé (stratégie nationale de santé, plan national de santé publique, Institut national de la recherche en santé publique, BPI France, plateforme des données de santé, cohortes, registres, etc.). Elle coordonne les contributions des directions concernées en matière de promotion de la santé (Comité interministériel pour la santé) et de recherche en santé (secrétariat du Comité pour la recherche en santé des ministères sociaux, représentation des ministères sociaux au Comité opérationnel Recherche). En matière d’expertise, elle assure le secrétariat général du Haut Conseil de la santé publique et contribue à la détermination des besoins en professionnels de santé, à la définition de leurs compétences et à la détermination de leurs besoins de formation. »

 

 

  • Le Conseil Scientifique

Dépends de la FRC (fédération de la recherche pour le cerveau)

Président-François Delfraissy

 

D’après ce que j’ai compris, il y a le conseil scientifique en tant que tel mais également le conseil scientifique Covid-19 dont la composition n’est pas exactement la même.

 

Le conseil scientifique est directement lié à la fédération pour la recherche sur le cerveau FRC. Son rôle schématiquement est de préparer et sélectionner les projets qui s’inscrivent dans les objectifs de la fédération. Son président est Jean-Antoine Girault

 

« Le conseil scientifique Covid-19 est chargé d'éclairer la décision publique pour lutter contre la pandémie liée à maladie du coronavirus de 2020 , en abordant aussi les questions de maintien des infrastructures électriques, numériques, et du maintien de l’ordre.  À plus long terme, il étudie des moyens de tempérer les conséquences psychologiques de cette pandémie. » Source : Wikipédia

Cette entité a pour principale mission de suivre les essais sur différentes molécules (projet Discovery) dont la chloroquine (non prévu au début du projet !) mais sans respecter le protocole du docteur Raoult. Ill est évident, qu’avant les résultats, la polémique est déjà ouverte.

 

Sa composition est la suivante :

 Jean-François Delfraissy immunologiste qui appartient au comité d’éthique

 2 représentants de l’Institut Pasteur

 2 infectiologues

 1 sociologue de la santé

 La directrice générale de la Santé publique France

 1 anthropologue

 Un généraliste appartement à Haute Autorité de Santé.

Il manque deux médecins et un infectiologue Didier Raoult qui finalement ne participe pas au conseil scientifique.

 

 

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LES RAISONS DE CE GACHIS: « E.N.A ».

 

E comme Etudes

N comme Nicotine ou chloroquine

A comme Achats

 

  Les raisons de ce gâchis sont diverses et variées et il est parfois difficile de discerner la cause de la conséquence. D’autre part, il existe beaucoup d’articles qui ont analysé cette situation, par exemple Le Figaro du 17 avril ou d’autres, publiés par le Point, Mediapart ou le site Basta. En conséquence j’en fais à travers mes expériences de consultant une synthèse et un résumé que je vais « confiner », de façon un peu arbitraire, dans 3 cases E.N.A..

 

 

E comme Etudes

 

On retrouve sous ce terme des problèmes que j’ai déjà dénoncés dans les ouvrages sur les achats publics.

Trois aspects doivent être mis en exergue :

  • Tout d’abord des contenus de formation des élites dirigeantes inadaptés à la gestion des Achats publics.

Un exemple significatif de cette situation :

« Il y a six mois environ j’avais contacté la direction pédagogique de l’ENA pour savoir s’ils avaient des formations sur les achats – Réponse d’une responsable pédagogique : Monsieur, de quoi parlez-vous ? Ayant réalisé mon erreur de présentation, je précisais que je parlais des marchés publics ! Elle répondit tout de suite : évidemment, on les forme au Code des Marchés Publics (la bible pour eux). Cela sous-entend que pour avoir son permis de conduire il suffirait réciter le Code de la route, bonjour les dégâts !! »

Des formations sur des méthodes liées aux achats existaient il y a une dizaine d’années au niveau du Ministère des Finances, mais elles ont complètement disparu au profit du juridique. Ces méthodes étaient fondées sur l’Expression Fonctionnelle du Besoin qui permet d’acheter selon  le principe « juste besoin = juste dépense ». Il est vrai que cela ne fait pas très tendance pour un énarque ! J’ai rédigé plusieurs ouvrages sur ce thème et dans ma dernière publication

« Les Achats, un trésor caché » je précise, de façon pédagogique, les trois méthodes complémentaires qui s’appliqueraient dans le cadre des problèmes actuels.

 

  • Deuxième trou noir dans la formation de nos élites absence de sensibilisation sur la gestion de projets.

On retrouve régulièrement, dans l’analyse des grands gâchis dans les Achats publics, cette cause qui est dénoncée par la Cour des comptes via Didier Migaud. Cela touche entre autres les projets informatiques de différents ministères. Cela, est décrit page 141 dans mon dernier ouvrage et on peut estimer dans ce domaine une ardoise de 2 à 3 milliards.

Dans le cadre du projet d’éradication du Coronavirus, trois règles de base ont été oubliées. Je les présentais déjà en 1975 avec mon associée, dans le cadre de stage sous le label ITG « initiation au travail de groupe » à des cadres importants d’un groupe pétrolier :

  1. L’animateur du groupe de projet doit être un spécialiste de l’animation et non un spécialiste du sujet ;
  2. L’animateur ne doit en aucun cas être le décideur afin de garantir l’objectivité des décisions ;
  3. Le groupe, afin de garantir des échanges d’informations et de faciliter les prises de décision, doit être composé de six à huit personnes maximum avec des origines et compétences diverses.

On voit très nettement que notre président Emmanuel Macron n’appréhende pas ces règles : l’un des groupes, le « Conseil scientifique », est composé de 12 personnes environ, toutes issues du milieu médical avec entre autres Jean-François Delfraissy. De plus il est animé par le chef  décideur le Président !!

D’autre part, l’un des aspects négatifs de cette structure est la lutte d’ego entre les différents partenaires ce qui ne facilite pas les prises de décision.

 

  • Amplification du problème de la formation par un recrutement, issu toujours des mêmes écoles dont entre autres: ENA et EHESP (cf. § le système organisationnel pléthorique)

Le problème de l’ENA est connu depuis longtemps et même si Emmanuel Macron envisage une éventuelle suppression, à l’heure actuelle nous sommes toujours dirigés par un régiment d’énarques. Sans entrer dans le détail, deux caractéristiques :

  1. Moins de 10 % de fils d’ouvrier
  2. Zéro formation à la gestion de projet, dont les achats.

En regard de ces données, il semble tout à fait cohérent qu’aucune politique d’achats sensée n’ait été mise en en place, aussi bien pour les masques que pour les tests. On retrouve toujours les mêmes raisons : incompétence et bureaucratie. Tout ce petit monde a les mêmes origines et les mêmes formations, en conséquence il y a une forme de dégénérescence.

 

  • N comme nicotine ou chloroquine

 

  Ce jeu de mots n’est pas gratuit, car on vient de découvrir que la nicotine semblait protéger contre le couronna virus. Nos pauvres dirigeants qui perdent déjà leur latin avec le bénéfice ou pas de la chloroquine, se trouvent déboussolés avec l’arrivée des bienfaits de la nicotine. Il est difficile pour eux de recommander de consommer des cigarettes pour se protéger contre le Coronavirus. Ils seraient évidemment en contradiction avec la politique antitabac développée depuis plusieurs années dans le pays.

 

À la date d’aujourd’hui, il est très difficile d’avoir un avis objectif de l’intérêt de tel ou tel protocole, molécules... Hydro chloroquine est accusé d’entraîner des problèmes cardiaques dont entre autres des troubles du rythme(le café le fait aussi). D’autre part cette molécule peut être administrée en combinaison avec de l’azythromycine. Le doute est augmenté par les médias qui manient de façon indifférente différents noms liés à ces médicaments utilisés contre entre autres la polyarthrite et les maladies auto-immunes:

  • Chloroquine
  • Hydro chloroquine
  • Kaletra
  • Plaquenil
  • Quinine
  • Azythromycine : médicament associé pour les bronchites.

Évidemment, les opposants au docteur Raoult trouvent maintenant des effets négatifs à la chloroquine et particulièrement au niveau cardiaque. Pourtant, cela fait dizaine d’années que la quinine est utilisée en l’Afrique pour se prémunir contre le palu. Un article du Monde du 25 avril, indigne de journalistes sous le titre « Nouvelle alerte sur les effets indésirables de l’hydroxychloroquine - A l’échelle nationale une centaine de cas de problèmes cardiaques graves liés à l’utilisation de ces molécules en milieu hospitalier a été déclarée à pharmacovigilance » qui essaye d’informer sur l’évolution des solutions pour lutter contre le Covid 19. Sous un faux air d’objectivité (spécialité du Monde) ils noient le lecteur en utilisant les différents noms cités ci-dessus, ils parlent de cas graves !, les données on ne sait d’où elles viennent avec des bases différentes …

 

En conclusion, vu l’organisation en place dans les différentes administrations publiques et les luttes d’ego entre les éminences sanitaires, il est très difficile de donner un avis objectif en regard de solutions pharmacologiques

 

  • A comme Achats

   Ce thème a largement été développé dans le cadre des 2 ouvrages que j’ai publiés chez l’Harmattan

  • « Le Gâchis, 30 milliards d’euros perdus par an dans les Achats publics »
  • « Les Achats, un trésor caché »

Dans le cas du coronavirus la défaillance dans le processus achats est la cause principale des problèmes actuels en France. En effet, comme cela a été décrit précédemment, ça concerne les achats de masques et les différents achats liés aux tests qui sont les 2 solutions en dehors du confinement pour éradiquer les pandémies. D’ailleurs les pays vertueux ont utilisé de façon systématique ces moyens. Sur les tests à la date du 1 mai nous ne sommes pas encore tout à fait opérationnels !

 

Afin d’éviter une présentation prolongée sur ce thème, je vous présente de façon schématique des données : les chiffres et un résumé des 6 maux des achats.

  • Achats publics = 300 Mds - aucun responsable gouvernemental en charge de cette dépense

 

Pour un CHU les Achats représentent 38 % du budget total (base CHU de Toulouse avec qui j’ai collaboré pendant 2 ans) .

La part des médicaments est importante 40 %. Cette dépense n’est pas sous la responsabilité du service Achats, mais de ce qu’ils appellent la Pharmacie. En général les intervenants n’ont aucune formation aux achats.

On voit ainsi que les achats sont traités par des acteurs divers et variés et évidemment au niveau national cette situation s’amplifie fortement

  • En un mot, pourquoi cette dépense est sous-estimée et sous-dimensionnée en regard des moyens mis en place ? Cela est dû aux six maux des achats que j’ai résumés en une phrase .

« Une Image principalement juridique qui entraîne une faiblesse de la Formation et amène un manque de Professionnalisme ce qui favorise la Corruption d'autant que les Sanctions n'existent pratiquement pas. »

 

Vous avez donc ici un résumé d’une grande partie des problèmes que nous rencontrons pour résoudre la pandémie française du coran un virus. Les solutions que je proposerai découlent directement des éléments décrits précédemment, mais le problème est de savoir si je suis à même de présenter des recommandations à court terme c’est dire pour les semaines suivantes  ou à moyen terme.

 

Ne pouvant pas répondre à cette question et surtout n’ayant pas le pouvoir d’influence sur le système actuel je me contenterai de faire des recommandations d’ordre général, mais qui devraient être mises en place.

 

 

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LES SOLUTIONS.: « S.O.S 

 

S comme sanctions exemplaires

O comme organisations nouvelles

S comme soutien en formation

 

 

  • S comme sanctions exemplaires

 Dans la sphère publique, les sanctions sont très rares et quand elles sont formulées elles sont rarement appliquées. Cela est lié à la faible indépendance de la justice française et aux « groupes de pression » souvent composés de juges et de politiques. Il suffit de se souvenir du scandale du sang contaminé, tous les politiques ont bénéficié d’un non-lieu et le principal accusé Garretta qui doit plus de 1 million d’euros, est introuvable !. Autres exemples : Ségolène Royal qui a laissé un trou de près de 1 milliard (page 79 de mon dernier ouvrage), et  Guillaume Pepy -ancien patron de la SNCF - qui a passé des centaines de millions de marchés publics sans appel d’offre n’ont en aucun cas à subir les foudres de la justice !

 Certes des commissions parlementaires et sénatoriales vont se pencher sur ce scandale, mais leur liberté de manœuvre risque d’être très restreinte : ils ne peuvent faire condamner leurs compères politiques ou d’écoles.

De plus deux items peuvent expliquer la difficulté pour évaluer les condamnations idoines en regard de cette situation :

  1. Tout d’abord ce ne sont pas des faits liés à la corruption ou au détournement de fonds publics, mais c’est lié à une incompétence totale engendrée par un système bureaucratique et une dégénérescence des élites.
  2. D’autre part ce système bureaucratique produit une dilution de l’information et de la décision, ce qui rend difficile la détection des responsables. Les acteurs sont nombreux :
  • Cellules de l’Élysée
  • Cellules du Premier ministre
  • Différents services du Ministère de la Santé (voir paragraphe précédent)
  • Le Ministère des Finances
  • Des praticiens avec parfois des ego importants
  • Des médias d’information en continue qui ont pour seul objectif de faire monter la l’audience par du sensationnel.

 En conséquence, il y a peu de chance que les sanctions significatives soient prises, mais il est toujours possible d’espérer le changement afin que les principaux acteurs de la puissance publique plus se sentir responsabiliser. L’organisme qui me semble plus adapté grâce à l’indépendance qu’il avait sous la responsabilité de Didier Migaud – la Cour des comptes. Elle n’a plus de président depuis plusieurs mois, comme par hasard.

 

 

  • O comme organisations nouvelles

 Sur ce thème, il est difficile de rentrer dans le détail en raison de la complexité du problème et de la difficulté d’appréhender de façon théorique les modifications qui seraient nécessaires. À ce stade, deux points importants sont à mettre en avant :

 

1/ Le concept de base de la réforme

 

Il est absolument nécessaire que les pouvoirs politiques et administratifs puissent raisonner

En termes de >>>

MIEUX

Et non pas en termes de >>>

+ ou 

Pour ce faire, il serait utile de faire appel à des cabinets d’organisations extérieurs spécialisés dans les méthodes de type Analyse de la valeur / Expression Fonctionnelle des Besoins qui donnent de très bons résultats. Malheureusement, ces méthodes ne sont pas connues par nos technocrates (car non présentées durant leur formation) et peu de structures de consulting sont à même d’animer ce type de démarche.

En effet, il est absolument nécessaire d’éviter des « coupes sombres » (comme cela a été fait souvent au niveau de l’hôpital en supprimant des lits) sans préjuger les conséquences. Il est toujours possible d’optimiser le fonctionnement de grandes entités comme des CHU (35 % de personnel administratif) en s’appuyant sur les moyens humains et équipements existants. C’est dans le cadre de cette démarche que je suis intervenu au niveau du CHU de Toulouse sur les achats.

On voit ce que donnent les restrictions de stocks sur les masques ou les réactifs !

2/Les modalités de base de la réforme

 

La base de la démarche décrite précédemment et la notion de groupe de projets qui est pour ainsi dire inconnue dans l’administration française. Cela sous-entend participation, animation par un professionnel, et composition de groupes restreints de six à huit personnes.

Il est évident que cela ne peut se mettre en place qu’à la condition que les décideurs soient convaincus de l’intérêt de ce mode de fonctionnement.

 

3/Les objectifs sont de 2 ordres

 

- Une simplification, au niveau de la structure du ministère de la Santé, avec entre autres un seul ministre afin d’éviter la dilution des responsabilités. Il en est de même des CHU qui présentent un % d’administratif de près de 30 %, nettement supérieur à la moyenne européenne.

 - Une définition précise des rôles de chacun en cas de crise : l’Élysée, le Premier ministre, le Ministère, les cellules d’experts.. On est bien actuellement dans cette situation, car on ne sait toujours pas qui fait quoi ? Qui est responsable des ruptures d’approvisionnement ? Qui est responsable d’autoriser telle ou telle labo à faire différents types de tests !

Un important travail en perspective, pour qui ?

 

 

  • S comme soutien en formation

  Tout au long de cette réflexion sur la situation liée au Corona virus, il est apparu que des incompétences notoires existaient aussi bien au niveau des politiques que des professionnels de la santé. Cela concerne uniquement un manque de professionnalisme, surtout à ce niveau de responsabilité, sur les aspects organisation, et gestion des hommes et des moyens. Cela est dû à des formations complètement inadaptées en regard des responsabilités des différents acteurs. Dans un article que j’avais appelé « le Mal français » je mettais en avant les grandes faiblesses de l’Education nationale qui, comme un mammouth, n’arrivait pas à se déplacer. On fait des formations de haut niveau dans des domaines techniques, mais peu en terme de gestion des hommes et d’organisation.

 

En conséquence il est nécessaire d’entamer deux actions importantes :

1/ Former à grande échelle tous les cadres dirigeants actuels en s’appuyant sur des cabinets de formation qui ont l’expérience et les moyens de mettre en place des cursus pluridisciplinaires ou l’IGPDE de l’organisme de formation du Ministère des Finances qui a profondément modifié ses contenus.

Ces formations pourraient se développer selon un processus de diplômant sur la base d’une dizaine de jours répartis en deux grands volets :

  • Les Achats :

L’IGPDE a  une offre complète qui se divise en deux parties

La commande publique pour l’aspect juridique

Les achats publics pour l’aspect plus économique

À chaque fois plusieurs niveaux sont prévus afin de tenir compte de la diversification des populations

  • La Gestion de projets

Cela est intégré dans certains stages de l’IGPDE, par exemple les achats en gestion de projets.

Il ne semble pas y avoir de formation spécifique sur la méthode Analyse de la valeur même si on retrouve les bases dans le cahier des charges fonctionnel (voir mon dernier ouvrage: les Achats : un trésor caché)

 

2/ Intégrer de façon systématique les deux thèmes précédents dans les cursus des écoles de l’administration, dont l’ENA et l’ENHS de Rennes.

Il serait également souhaitable qu’il puisse y avoir des troisièmes cycles spécialisés dans ce domaine. Ces formations devraient pouvoir être assurées par des enseignants venant du privé et non de l’administration.

 

On ne pourra jamais supprimer la bureaucratie française source de dysfonctionnements graves sans mettre en place des formations idoines.

 

On ne "réforme" pas par décrets, mais par éducation.

 

 

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BASE 3 MAI

5 PAYS 70 % DES DECES ET

LA FRANCE 10 %

 

Lieu

Confirmés

Guérisons

Décès

États-Unis

1,16 M

152 k

67 067

Espagne

217 k

119 k

25 264

Italie

209 k

79 914

28 710

Royaume-Uni

182 k

-

28 131

Allemagne

165 k

124 k

6 812

Russie

135 k

16 639

1 280

France

131 

50 562

24 760

Turquie

124 

58 259

3 336

Iran

97 424

78 422

6 203

Brésil

97 100

40 973

6 761

Chine

84 388

77 713

4 643 ??

Canada

56 714

23 801

3 566

Belgique

49 906

12 309

7 844

Pérou

42 534

12 434

1 200

Pays-Bas

40 571

-

5 056

Inde

40 263

10 887

1 306

Suisse

29 905

24 200

1 473

Équateur

27 464

2 132

1 371

Arabie saoudite

27 011

4 134

184

Portugal

25 351

1 671

1 023

Suède

22 317

1 543

2 679

Mexique

22 088

13 447

2 061

Irlande

21 176

13 386

1 265

Pakistan

19 103

4 817

440

Chili

18 435

9 572

247

Singapour

18 205

1 347

17

Biélorussie

16 705

3 196

99

Israël

16 193

9 634

230

Qatar

15 551

1 664

12

Autriche

15 531

13 228

598

Japon

14 877

3 981

517

Émirats arabes

14 163

2 762

126

Pologne

13 693

3 945

678

Roumanie

13 163

4 869

780

Ukraine

11 913

1 547

288

Indonésie

11 192

1 876

845

Corée du Sud

10 793

9 183

250

Danemark

9 563

6 987

484

Serbie

9 464

1 551

193

Bangladesh

9 455

1 063

177

Philippines

9 223

1 214

607

Norvège

7 809

-

211

Tchéquie

7 755

3 461

245

République Domi

7 578

1 481

326

Colombie

7 285

1 666

324

Panama

7 090

641

197

Australie

6 801

5 817

95

Afrique du Sud

6 336

2 549

123

Malaisie

6 298

4 413

105

Égypte

6 193

1 522

415

Finlande

5 254

3 000

230

Koweït

4 983

1 776

38

Vietnam

271

219

0

 

 

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ARTICLES DE REFERENCES

 

Les textes n’ont pas été modifiés mais seulement la mise en page

 

1 – 1 BHL – La mémoire oubliée du coronavirus

Le monde a effacé les pandémies destructrices de 1957 et 1968. Faut-il se réjouir ou s’inquiéter de l’État sanitaire que nous construisons aujourd’hui ?

 

Publié le 09/04/2020 à 10:00 | Le Point 

 

 

Été 1968. Un virus inconnu déferle sur le monde. Il a démarré en Chine. Et fait, au bas mot, 1 million de morts, dont 50 000 aux États-Unis et, au moins, 30 000 en France. Un chef d’État, Willy Brandt, est touché. Des cheminots, faute de masques, sont à l’arrêt. On vaccine, racontent les médecins survivants (Libération, 07/12/2005), « sur les trottoirs », à tour de bras. On meurt, « les lèvres cyanosées », d’hémorragie pulmonaire ou d’étouffement. Et le mal va si vite que l’on n’a pas le temps d’évacuer les cadavres qui s’entassent dans les salles de réanimation. Que ceux qui ont l’âge d’avoir vécu cette pandémie soient honnêtes : ils n’en ont, à l’exception des soignants, gardé aucun souvenir. Que les plus jeunes, saoulés au coronavirus, y songent : on ne leur parle jamais, sur les chaînes d’information, de ce précédent baptisé « grippe de Hongkong ». Et que les archivistes vérifient : la presse de l’époque, dix-huit mois durant, en parlent ; mais sans évoquer l’hypothèse d’un confinement ; et sans que l’on imagine de mettre la vie à l’arrêt. 

1957-1958. Autre souvenir. L’épidémie, baptisée, cette fois, « grippe asiatique », est partie des provinces de Guizhou et du Yunnan, c’est-à-dire, à nouveau, de Chine. Elle est passée par l’Iran, l’Italie, le grand Est de la France, les États-Unis. Et il ne lui a pas fallu six mois pour faire, encore, le tour du monde. Deux millions de morts au total, notamment chez les diabétiques et les cardiaques. Cent mille aux États-Unis. Entre 25 000 et 100 000 en France. Des scènes d’épouvante dans les hôpitaux sous-équipés et submergés. Mais, malgré l’horreur, malgré les deuils, malgré un débat au Conseil de Paris où l’on envisage, sans s’y résoudre, la fermeture de certaines écoles, toujours pas de confinement ; une vraie présence dans les journaux, mais qui n’éclipse ni la guerre d’Algérie, ni la signature du traité de Rome, ni le retour de De Gaulle au pouvoir ; et un très curieux phénomène qui fait que cette pandémie s’est, elle aussi, effacée de nos esprits. 

Ces deux précédents, troublants de similitude avec la séquence actuelle, rappellent une évidence : le Spectacle fait loi ; et un événement n’est « historique », il ne « change le monde » et ne départage un « avant » d’un « après » que pour autant que les médias, dans leur griserie autoréalisatrice, en décident ainsi. 

Mais on en tirera, surtout, deux conclusions. 

- La planète, d’abord, a progressé. Elle juge insupportable des hécatombes qui paraissaient, hier, dans l’ordre naturel des choses. On y fait du souci de la santé publique une mission régalienne des États au même titre que la sécurité ou les questions de paix et guerre entre nations. On y mobilise des moyens gigantesques pour, comme avec le sida qui a fait, soit dit en passant, un total de 25 millions de morts, inventer remèdes et vaccins. Et l’humanité, comme un seul homme, fait passer la vie avant l’économie. C’est magnifique. 

- Mais, de l’autre côté, on en fait un peu beaucoup sur le thème de la « pandémie sans précédent ». On se trompe lorsqu’on nous dit que l’on fait face, avec ce Covid-19, au « pire désastre sanitaire depuis  un siècle ». À moins d’une accélération toujours possible mais que n’envisagent, pour l’heure, pas les experts, nous sommes encore loin, dans un pays comme la France, des chiffres de 1958 et 1968. Et l’autre conclusion qui s’impose, c’est qu’il y a – et le constat est moins heureux… – une part de surréaction et de panique dans nos attitudes d’aujourd’hui. 

Alors, ceci est-il lié à cela ? 

La hantise est-elle l’inévitable revers du progrès ? 

Ou est-il encore possible d’avoir l’un (l’idée neuve, non seulement en Europe mais sur les continents les plus déshérités, qu’une vie est une vie et que rien ne vaut une vie) sans forcément céder à l’autre (une humanité apeurée qui, au train où va la viralité de l’opinion, acceptera un jour comme des évidences la fermeture des frontières, la méfiance vis-à-vis de l’autre ou le « tracking » numérique) ? 

Il faudrait, pour cela, que nous apprenions à respecter aussi une distance de sécurité avec les réseaux asociaux et leur fièvre de fake news. 

Il faudrait que les « showcrates » des chaînes d’information en continu repensent la mise en scène, inutilement anxiogène, d’un décompte des morts, planétaire et quotidien, que l’on ne nous a jamais infligé, par exemple, pour les victimes du cancer. 

Il faudrait que nous nous demandions, tous ensemble, si la juste lutte contre l’épidémie nécessite vraiment le black-out, dans nos têtes, sur le retour de Daech au Proche-Orient, le progrès des empires russe et chinois ou la fatale déconstruction de l’Union européenne. 

Il serait capital que, sans remettre en question l’union sacrée due à nos infirmières, infirmiers et autres personnels hospitaliers, nous mettions au programme de nos débats futurs la question de savoir quels privilèges, mais aussi quels droits et libertés, nous sommes prêts à sacrifier sur l’autel de notre rêve d’un État sanitaire nous guérissant de tout, jusqu’à la mort. 

Et puis, s’il est vrai que gouverner c’est, non seulement prévoir, mais choisir, il ne serait pas inutile enfin que nos décideurs aient le courage de dire ce que la mise à l’arrêt de la production coûterait, si elle se généralisait, en termes de destruction de richesse, donc de chômage de masse, donc de misère et de souffrance sociale et, donc, de vies humaines. 

Ces questions sont difficiles. 

À bien des égards, elles sont terribles. 

Mais, sauf à céder à l’ivresse d’une guerre au virus dont on ne mesurerait pas les dégâts collatéraux, ce sont elles que doit poser une démocratie responsable et digne de ce nom 

1 – 2 Ces pandémies de grippe que la France a oubliées

En 1957 et 1969, des épidémies mondiales de grippe ont fait respectivement 20 000 et 30 000 morts en France. Qui s'en souvient encore ?

Par François-Guillaume Lorrain

Publié le 04/04/2020 à 11:00 | Le Point.fr

Avons-nous la mémoire si courte ? En 1957, en un seul automne, la France eut à déplorer 15 000 à 20 000 morts (et non 100 000 comme on l'a affirmé) provoqués par une pandémie de grippe venue de Chine. En décembre 1969, en un seul mois, ce sont 25 000 personnes qui tombent dans notre pays, victimes d'une autre pandémie, baptisée cette fois du nom de la ville de Hongkong. Des bilans qui seront supérieurs, quoi qu'il en soit, à la pandémie actuelle. Pourtant, vous n'en trouverez trace dans aucun manuel d'histoire contemporaine. Comme si rien n'avait eu lieu, comme si cette grippe n'avait en rien affecté notre économie ou notre vie publique. Un non-événement !

Quel contraste avec l'évènement du Covid-19, dont on parlera encore dans un siècle, comme on parle aujourd'hui de la grippe espagnole  ! Ce silence, l'historien des épidémies Patrice Bourdelais, auteur de La Grippe terrassée, une épidémie de pays riches (La Martinière), qui est l'un des rares à s'être intéressé à ces deux phénomènes, le remet dans le contexte de l'époque, où les affaires de santé publique ne recevaient pas le même écho dans la vie politique et dans la presse, où la mort aussi n'avait pas le même statut sociétal.

Mémoire du corps

« On connaît en partie le parcours de la grippe de 1957 : Chine, Iran, Méditerranée… le même qu'aujourd'hui. L'OMS commençait à installer un réseau de laboratoires qui servaient d'alerte pour les maladies infectieuses. » Pourtant, aucun système d'alarme ne fut mis en place quand les premiers cas apparurent dans les cabinets des médecins de ville à l'été 57. Il faut attendre le mois de septembre pour qu'un conseiller municipal de Paris, qui est aussi médecin, François Peretti, alerte l'opinion dans une interview donnée au Figaro. « Il demande le report de la rentrée scolaire qui avait lieu alors début octobre. » Il est vrai que cette grippe frappe notamment les adolescents ainsi que les adultes jeunes. Les personnes de plus de 70 ans semblent y échapper. « Il y avait une explication médicale : elles avaient vécu la grande grippe de 1889-1890, dont le virus, on s'en aperçut alors, était un H2N2 ; elles avaient donc développé des anticorps. » Car on découvrira que cette grippe de 1957 est due aussi à un virus H2N2. Magnifique mémoire du corps !

Lire aussi Coronavirus : ces combattants en blouse blanche

À l'époque, on a mis au point depuis quelques années un vaccin contre la grippe, mais il est basé sur la dernière grosse épidémie connue, celle de grippe espagnole, dont le virus était un H1N1. « Les chercheurs ne se rendent pas compte qu'il s'agit d'un autre virus. Même si un centre de vaccination est ouvert à Paris, ce sont surtout les médecins et les pharmaciens qui reçoivent le vaccin mis au point par l'Institut Pasteur. » 

Preparation du vaccin anti grippe asiatique a l' institut Pasteur : prelevement sur des embryons de poulet du liquide "allantoique" qui servira a preparer le vaccin le 19 septembre 1957. © Rue des Archives / Rue des Archives / Credit ©Rue des Archives/AGIP

Pendant ce temps, l'économie commence à être désorganisée : les transports sont affectés, les usines en sous-effectif tournent au ralenti, l'Ordre de pharmaciens s'émeut… Nous avons cherché des déclarations du ministre des Affaires sociales de l'époque, Albert Gazier, chargé de la santé. Rien. Nous avons consulté pour l'année 1957-1958 la table des débats de l'Assemblée nationale et du Conseil de la République (le nom d'alors du Sénat) : rien sur la grippe. En revanche, on a retrouvé une proposition de loi de François Mitterrand tendant à améliorer l'état sanitaire du bétail. La France, en pleine poussée économique, au maximum d'une croissance qui dessinera la courbe des Trente Glorieuses, absorbe sans bruit ces 25 000 morts. Accaparée, il est vrai, par d'autres morts, qui tombent de l'autre côté de la Méditerranée, en Algérie. Au chapitre santé, on a cependant relevé deux lignes faisant mention d'une proposition pour la création d'un ministère de la Santé publique ! Cette grippe asiatique fera près de 2 millions de victimes dans le monde…

Lire aussi Aurélie Jean – Quand les algorithmes prédisent des pandémies

Grippe de Hongkong

Douze ans plus tard, on est tenté de dire : rebelote ! « Elle passe encore totalement inaperçue, ne parvient jamais jusqu'à l'agenda politique », confirme Patrice Bourdelais. Là aussi, d'autres préoccupations occupent le devant de la scène : les premiers mois du septennat de Georges Pompidou, l'annonce d'une nouvelle société par son Premier ministre, Jacques Chaban-Delmas, la guerre du Biafra et la famine… Mais n'y a-t-il pas toujours des sujets d'actualité ? Cette grippe-là a démarré en 1968, encore en Chine, en pleine révolution culturelle, passant à Hongkong, sous régime britannique encore, où elle devient publique. Elle met près d'un an à arriver jusqu'en Europe, mais, pour Antoine Flahault, épidémiologiste, qui, avec Alain-Jacques Valleron, en a établi le bilan précis en 2003, elle est la première, à l'ère des avions, à offrir un modèle de suivi valable pour les pandémies à venir. Le réseau des laboratoires de l'OMS fonctionne désormais à plein régime et « on en connaît très bien la diffusion dans le monde, où elle a fait près de 1,5 million de morts ».

Lire aussi Coronavirus : petit manuel de survie à la peur

On ne sait plus où mettre les corps dans les hôpitaux.

Après avoir dépouillé la presse de l'époque, qui s'en fait parfois l'écho après-coup, notamment La Dépêche du Midi, Patrice Bourdelais a pu reconstituer les dysfonctionnements qui affectent la société française : « On ne sait plus où mettre les corps dans les hôpitaux, certaines caisses d'assurance maladie doivent fermer, comme à Limoges, les transports sont touchés, mais c'est surtout le Sud-Ouest qui est touché. Pour quelles raisons ? On l'ignore. » Deux laboratoires, Pasteur et Mérieux, se lancent dans la bataille pour fabriquer le premier le bon vaccin. Manque de chance : le virus a muté. « Ils s'étaient basés sur la grippe de 1957, un H2N2. Or il s'agit d'une souche H3N2. Leur vaccin ne fonctionne qu'à 50 %. » Mais, comme le souligne Bourdelais, on vit encore le pic de l'optimisme médical : on croit dur comme fer aux vaccins, on prescrit largement les antibiotiques, dont on ne connaît pas encore les premières résistances…

 

 

 

Préparation intensive de vaccins contre la grippe venue de Hong Kong qui fait des ravages en France, en décembre 1969 dans les laboratoires de l'Institut Pasteur à Paris, France. © KEYSTONE-FRANCE / Gamma-Rapho / KEYSTONE-FRANCE/GAMMA-RAPHO

Lire aussi Petite histoire mondiale des épidémies

Pourquoi cette grippe, qui a fait plus de 25 000 morts en décembre 1969 et encore plus de 6 000 morts en janvier 1970, ne s'est-elle pas imprimée dans les mémoires ? Bourdelais avance une autre raison majeure : l'éparpillement des décès. À l'époque, on ne meurt pas aussi massivement à l'hôpital ou dans des Ehpad (qui n'existent d'ailleurs pas en tant que tels) qu'aujourd'hui. La centralisation immédiate des données est donc pratiquement impossible. De fait, ces deux grippes, plus meurtrières que celle que nous connaissons, témoignent d'un âge préhistorique de la santé publique. Où l'ignorance, génératrice d'un coût humain supérieur, n'affectait que très timidement l'économie.

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2 – 1 Masques:

Les preuves d’un mensonge d’Etat - Mediapart

 

2 avril 2020 Par Yann Philippin, Antton Rouget et Marine Turchi

 

Pénurie cachée, consignes sanitaires fantaisistes, propositions d’importations négligées, stocks toujours insuffisants, entreprises privilégiées : basée sur de nombreux témoignages et documents confidentiels, une enquête de Mediapart révèle la gestion chaotique au sommet de l’État, entre janvier et aujourd’hui, sur la question cruciale des masques. Et les mensonges qui l’ont accompagnée. Les soignants, eux, sont contaminés par centaines.

En déplacement, mardi 31 mars, dans une usine de fabrication de masques chirurgicaux, le président de la République Emmanuel Macron a cité beaucoup de chiffres sur les approvisionnements en cours, afin de rassurer les Français qui s’inquiètent de la pénurie de ce matériel médical essentiel pour la protection des soignants.

Beaucoup de chiffres, sauf un : « 1200 ».

« 1200 », comme le nombre officiel de personnels de l’Assistance publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP), le vaisseau amiral des hôpitaux publics français, qui ont été contaminés par le Covid-19 depuis le début de l’épidémie.

« 1200 », comme la preuve de la vulnérabilité des soignants, « au front chaque jour », comme le dit le chef de l’État, mais bien souvent sans protection adaptée contre le virus.

« 1200 », comme le résultat de l’impéritie du pouvoir politique face à une crise sanitaire d’une ampleur et d’une violence inédites.

 

Mediapart publie aujourd’hui les résultats d’une enquête de plusieurs semaines qui retrace les nombreux dysfonctionnements au sommet de l’État, depuis le mois de janvier jusqu’à ce jour. Un mensonge d’État qui a conduit la France à l’impensable : la pénurie de masques de protection pour ses soignants face au Covid-19 et pour sa population en général.

Basée sur de nombreux témoignages et documents confidentiels, auxquels nous avons pu avoir accès, notre enquête démontre que :

  • Fin janvier et début février, le ministère de la santé, conscient de la faiblesse des stocks d’État, n’a décidé de commander qu’une très faible quantité de masques, malgré des alertes internes. Le matériel a de surcroît mis plusieurs semaines à arriver.
  • Après ce premier fiasco, l’État a créé, début mars, une cellule interministérielle dédiée à l’achat de masques. Mais là encore, le bilan s’est avéré catastrophique : lors des trois premières semaines de mars, la cellule n’a pu obtenir que 40 millions de masques, soit l’équivalent d’une semaine de consommation au rythme contraint actuel. La cellule a notamment raté plusieurs possibilités de livraisons rapides.
  • Le gouvernement a caché cette pénurie pendant près de deux mois et, en fonction des stocks, a adapté ses consignes sanitaires sur le port du masque. Fin février, le directeur général de la santé préconisait un masque pour toute personne en contact avec un porteur du Covid. Un mois plus tard, la porte-parole de l’exécutif déclarait que c’était inutile
  • Des entreprises dans des secteurs « non essentiels » de l’économie ont continué à consommer des masques, pour des raisons économiques. Exemple : l’avionneur Airbus, qui semble avoir bénéficié d’un traitement de faveur. Dans le même temps, des personnels soignants continuent à travailler sans ces masques protecteurs, faute de stocks suffisants.
  • Le gouvernement tente désormais de renflouer les stocks, avec une stratégie à 180° : il faut préparer la sortie de confinement, « où on sait qu’il faudra massivement équiper » la population, ainsi que l’a admis la secrétaire d’État à l’économie, Agnès Pannier-Runacher, dans une réunion dont Mediapart a obtenu l’enregistrement.

Voici l’histoire d’une tragédie en deux actes.

ACTE I (fin janvier 2020). Mensonge sur une pénurie

« La grande erreur aux États-Unis et en Europe est, à mon avis, que la population ne porte pas de masque. » Dans le très sérieux magazine américain Science, un haut scientifique chinois a rappelé, le 27 mars, une évidence face au coronavirus, qui « se transmet par les gouttelettes respiratoires » : « Il faut porter un masque. »

« Le simple fait de parler peut transmettre le virus, a souligné George Gao, directeur général du Centre chinois de contrôle et de préventions des maladies, qui fut en première ligne dans la lutte contre le Covid-19. De nombreux individus atteints sont asymptomatiques, ou ne présentent pas encore de symptômes : avec un masque, on peut empêcher les gouttelettes porteuses du virus de s’échapper et d’infecter les autres. »

Le problème : mi-janvier, au début de l’épidémie en Chine, les stocks de masques sont quasi inexistants en France.

Selon nos informations, on dénombre alors moins de 80 millions de masques dits « chirurgicaux » – plus 80 millions supplémentaires commandés avant l’épidémie, mais pas encore livrés – et zéro en stock de masques dits « FFP2 ». Les premiers sont des masques anti-projection de base, destinés à la population, avec une durée de vie limitée à quatre heures. Ils ne protègent pas ceux qui les portent, mais empêchent ces derniers de contaminer d’autres personnes par leurs postillons.

Les seconds – ainsi que leur version haut de gamme, les FFP3 – sont, eux, des masques de protection respiratoires à destination du personnel soignant. Seuls les FFP2 et FFP3 protègent leurs porteurs. En cas de pandémie, il faut pouvoir en distribuer, au minimum, à tous les personnels de santé les plus exposés : soignants hospitaliers, médecins de ville, pompiers, ambulanciers… Et pourtant, la France n’en a aucun en stock.

Ce choix n’est pas celui du gouvernement actuel mais de son prédécesseur. En 2013, la ministre de la santé, Marisol Touraine, avait en effet décidé de supprimer les stocks stratégiques de l’État et de transférer cette compétence aux employeurs, qu’ils soient privés ou publics, désormais chargés « de constituer des stocks de masques pour protéger [leur] personnel ».

Au lieu de jouer la transparence sur cette pénurie – qui n’est pas de son fait –, et d’expliquer que le peu de stock disponible sera réservé en priorité aux soignants, le gouvernement d’Édouard Philippe choisit de ne pas informer les Français. Et d’utiliser de faux arguments sanitaires pour masquer des stocks insuffisants. Il expliquera ainsi tour à tour que les masques sont inutiles pour la population générale, puis qu’ils ne sont pas efficaces car les Français ne savent pas les porter, pour désormais, sur le tard, tenter d’équiper « massivement » la population afin de sortir du confinement.

 

ACTE II (fin janvier – fin février). Une réaction lente et insuffisante

Nous sommes en janvier. Dans l’entourage du professeur Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, on s’inquiète déjà, selon les informations recoupées de Mediapart : les responsables politiques n’osent pas avouer à la population que les masques risquaient de manquer, et préfèrent dire dans un premier temps que les masques sont inutiles, jusqu’à ce que les commandes arrivent.

Le 24 janvier, quelques heures avant la confirmation de trois cas européens (et français) de coronavirus, la ministre de la santé Agnès Buzyn se veut rassurante à la sortie du Conseil des ministres : « Les risques de propagation du virus dans la population [française – ndlr] sont très faibles. »

 

 

Agnès Buzyn et Olivier Véran, lors de la passation de pouvoir au ministère de la santé, le 17 février 2020. © Geoffroy van der Hasselt/AFP

Deux jours plus tard, tandis que l’agence européenne de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) requalifie à la hausse le risque d’importation en Union européennela ministre dissuade, sur RTL, de porter le masque chirurgical, qui n’est utile, dit-elle, que « quand on est malade ». Elle relativise : « Quand vous croisez quelqu’un dans la rue, le risque d’attraper le virus est faible. » Elle affirme aussi que « des dizaines de millions de masques [sont] en stock, en cas d’urgence », que « tout cela est parfaitement géré par les autorités ». « Et si un jour il fallait porter un masque, nous distribuerions le masque, il n’y a absolument aucune raison d’aller en acheter », ajoute-t-elle.

Les Français font tout l’inverse. Dès la mi-janvier, « beaucoup de gens se sont rués dans les pharmacies pour acheter des masques, dans les magasins de bricolage, en ligne, partout. Ça a beaucoup vidé les stocks », a indiqué, lors d’une réunion interne confidentielle, le directeur commercial pour la zone Ouest Méditerranée du fabricant américain 3M, l’un des leaders mondiaux des masques. D’autant plus que « beaucoup de masques qui étaient stockés en France sont partis en Chine ou ailleurs ». La pénurie dans le circuit commercial a été si violente que 3M « a arrêté dès la fin janvier de fournir les pharmacies » françaises et « priorisé vers les hôpitaux », poursuit le directeur commercial. 

Les propos d’Agnès Buzyn sont aussi en décalage complet avec la réalité vécue au même moment par la cellule de crise du ministère de la santé, qui planche sur un plan d’action pour les différents stades de l’épidémie. Composée de 25 personnes, issues du CORRUSS (le centre de veille du ministère) et de la sous-direction « veille et sécurité sanitaire », cette cellule s'alarme des maigres stocks de masques. « On a commencé à s’inquiéter et on s’est mis en ordre de bataille pour acheter massivement fin janvier », confie à Mediapart, sous le couvert de l'anonymat en raison de sa fonction, un membre de la cellule de crise. 

Le 24 janvier, la Direction générale de la santé (DGS) saisit l’agence Santé publique France (SPF), sous la tutelle du ministère, pour faire un inventaire des stocks de matériel médical. Le 30 janvier, elle lui demande d'acquérir « dès que possible » 1,1 million de masques FFP2 seulement, selon un document obtenu par Mediapart :

 

 

La commande d'équipement de protection ordonnée par la Direction générale de la Santé (DGS) le 30 janvier 2020. © Document Mediapart

S’agissant des masques chirurgicaux, la DGS ne préconise pas de nouvel approvisionnement autre que la commande de 80 millions de masques, déjà passée avant l’arrivée de l’épidémie et destinée à atteindre un stock national d’environ 160 millions. Cela semble alors suffisant aux yeux des autorités sanitaires.

Le 7 février, nouvelle demande de la DGS à SPF. Il s’agit cette fois d’acquérir 28,4 millions de FFP2, à travers « une procédure accélérée d’achat », en contactant seulement les trois gros producteurs français. Du côté des masques chirurgicaux, aucune commande supplémentaire n’est passée. Pire : la DGS ordonne de sortir des stocks 810 000 chirurgicaux ayant une date de péremption courte (31 mars, 31 août 2020), à destination de la Chine…

Deux semaines après la première saisine, les résultats sont catastrophiques. Au 12 février, sur les 28,4 millions de FFP2 demandés, SPF n’en a reçu que 500 000 et en a commandé 250 000 autres, pas encore livrés. Et sur les 160 millions de chirurgicaux espérés, 30 millions manquent encore, commandés mais toujours pas livrés. 

L’inquiétude monte inévitablement au sein du ministère de la santé, qui s’alarme des difficultés d’approvisionnement, et de la lenteur de Santé publique France. Lors d’une réunion interne sur le sujet, le 11 février, il est acté qu’atteindre l’objectif de 28,4 millions de masques FFP2 est compromis. Ce qui n’empêche pas le nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, de claironner, à plusieurs reprises, le 18 février, au micro de France Inter, que la « France est prête » face au « risque pandémique ».

Comment expliquer ce fiasco ? Le ministère fait valoir qu’il s’est heurté à un marché très concurrentiel – offre limitée, demande accrue à travers le monde, prix en hausse –, notamment face aux Asiatiques, qui possèdent déjà leurs canaux d’approvisionnement habituels.

Mais le gouvernement a objectivement commis plusieurs erreurs : des commandes en très faibles volumes, trop tardives, dispersées – chaque ministère commande de son côté, pesant moins dans les négociations – et, enfin, l’usage de procédures de marchés publics inadaptées à l’urgence. Y compris au niveau européen

Les entrepreneurs qui ont fait des propositions d’importation de masques à l’État ont souhaité rester anonymes. Ils nous ont fourni de nombreux documents attestant de leurs échanges avec l’État et de leurs relations avec des fournisseurs de masques chinois (courriels, photos, certificats de conformité, etc.).

Toutes les réponses que nous avons reçues sont disponibles en intégralité dans l’onglet « Prolonger ».

Sollicités le 29 mars, Matignon, le ministère de l’intérieur, l’agence Santé publique France (SPF) et la Direction générale de la santé (DGS) n’ont pas répondu à nos questions, nous renvoyant tous vers le cabinet du ministre de la santé pour nous répondre. Après six demandes de reports d’échéances, la conseillère communication du ministre, Ségolène Redon, n’a pas répondu à nos 34 séries de questions adressées, nous transmettant simplement, mercredi 1er avril, une longue chronologie intitulée « Déroulé de la gestion de crise ».

 

 

 

Questionné le 29 mars sur son action et celle de SPF, Martial Mettendorff (Directeur général adjoint de SPF jusque fin février, puis à la tête de la « cellule masque » au sein de la cellule interministérielle jusque fin mars) n’a pas souhaité nous répondre, et nous a renvoyés vers son successeur, le commissaire général des armées Bernard Chassac. Contacté, ce dernier n’a pas répondu non plus à nos questions.

Contactés, Agnès Buzyn et Jérôme Salomon, le directeur général de la santé (DGS), n’ont pas répondu. 

Contactée, la secrétaire d’État auprès du ministre de l’économie, Agnès Pannier-Runacher, a refusé de répondre à nos questions, au motif que son « agenda » ne le « permet pas ». Au sujet de ses déclarations du 27 mars auprès de la filière de l’industrie textile sur la nécessité de « massivement équiper » la population en masques après le confinement, son cabinet nous a indiqué qu’Agnès Pannier-Runacher n’a « pas de commentaire à faire sur des réunions de travail », et que « la doctrine d’usage des masques de protection ainsi que toute question sanitaire, sont exclusivement du ressort du ministère de la santé ».

La Commission européenne a répondu à nos questions par mail lundi 30 mars, de même que la Région Île-de-France et l’Agence régionale de santé (ARS) Île-de-France. L’ARS Grand-Est nous a répondu par courriel mercredi 1er avril.

Airbus a répondu à nos questions par courriel. 3M et Geodis nous ont répondu respectivement par courriel et SMS, sans répondre à nos questions précises.

Actualisation : la fabrication de masques par impression 3D est un projet de l’APHP avec l’Université de Paris, et non avec l’université de Paris-Saclay, comme nous l’avons indiqué dans une première version de l’article.

 

 

2 – 2 Masques: après le mensonge, le fiasco d’Etat

10 avril 2020 Par Yann Philippin, Antton Rouget, Clément Fayol et Mélanie Delattre - MEDIAPART

 

Des livraisons en retard, des occasions ratées, des interlocuteurs fiables méprisés et, in fine, des importations plus efficaces pour les entreprises que pour les soignants : une nouvelle enquête de Mediapart, étayée par des témoignages et des documents confidentiels, démontre les choix stratégiques catastrophiques du gouvernement dans l’approvisionnement du pays en masques.

Alors que le gouvernement vient d’ajuster son discours sur l’usage des masques face au Covid-19, une nouvelle enquête de Mediapart montre que la France n’arrive toujours pas, trois mois après le début de l’épidémie sur son territoire, à importer suffisamment de matériel pour faire face à ses besoins les plus élémentaires, à commencer par l’équipement des soignants au contact du virus.

A minima, près de 3 000 personnels soignants ont à ce jour été infectés par le Covid-19, selon les estimations du site spécialisé Actusoins.com portant sur quelques villes seulement.

Étayées par de nombreux témoignages et documents confidentiels, émanant de sources au cœur de l’État et d’entreprises privées, ces révélations montrent que :

  • En termes de livraisons de masques, les annonces ne sont pour l’heure pas suivies d’effets, avec des objectifs seulement remplis à 50 %. Et au rythme où vont les choses, il faudrait en théorie deux ans à la France pour acheminer les 2 milliards de masques promis par le ministère de la santé. 
  • En mars, alors que l’épidémie faisait déjà des ravages, le gouvernement a raté l’importation de dizaines de millions de masques, y compris les précieux FFP2 pour les soignants, avec des entreprises pourtant jugées fiables par l’État lui-même.
  • La stratégie gouvernementale apparaît toujours aussi incohérente. Alors que les soignants continuent de manquer cruellement de protection, des dizaines de millions de masques arrivent aux entreprises… avec l’aide de la puissance publique.

Voici notre enquête. Des importations ratées et un manque d’information

Les boîtes mails des conseillers du ministre de la santé Olivier Véran détiennent un trésor d’une valeur aujourd’hui inestimable : des millions de masques, dont des FFP2, ce matériel protection qui fait aujourd’hui tant défaut aux soignants, contaminés par milliers par le Covid-19.

Selon nos informations, plusieurs membres du cabinet du ministère ont en effet reçu de la part d’entreprises françaises, dans le courant du mois de mars, des propositions d’importations rapides et massives de matériel. Ils ont choisi de ne pas y donner suite. Et ils ont de quoi s’en mordre les doigts aujourd’hui. 

Les masques qui manquent cruellement aux personnels soignants en France. © Nicolas Liponne/Hans Lucas

À ce jour, les masques FFP2, les seuls qui protègent leurs porteurs (les masques chirurgicaux empêchent seulement de contaminer les autres), sont une denrée extrêmement rare. Les stocks d’État sont exsangues et le marché international sous haute tension. L’État n’en avait plus que 5 millions en stock le 21 mars, alors même que leur distribution est, aujourd’hui encore, rationnée de façon drastique. De nombreux soignants (hospitaliers, médecins de ville, pompiers) n’en disposent pas. Ils sont pourtant en contact quotidien avec des patients infectés par le Covid-19 (lire notre précédente enquête ici).

L’entreprise de Lucas* aurait sans doute pu résoudre une partie du problème si son offre avait seulement été traitée en haut lieu. « À l’époque, j’étais capable de livrer 20 millions de FFP2 par mois, il n’y avait pas encore le rush d’aujourd’hui », explique cet importateur, qui a écrit à plusieurs conseillers d’Olivier Véran dans la première quinzaine du mois de mars. 

Dans l’un des courriels consultés par Mediapart, Lucas donne toutes ses références et certifications. L’usine chinoise avec laquelle il travaille peut sortir 3 millions de masques par semaine, qu’il peut livrer en France huit jours plus tard. Lucas dit n’avoir reçu aucune réponse du ministère de la santé.

Dans notre précédente enquête, nous avions déjà révélé la situation ubuesque de plusieurs entrepreneurs, dont un expert français en sourcing industriel en Chine, Julien*. Il s’était fait éconduire par le cabinet d’Olivier Véran, le 17 mars, après envoyé deux jours plus tôt une proposition détaillée pour fournir 6 à 10 millions de masques chirurgicaux par semaine (dont 1 million de FFP2). 

Julien avait aussi pu échanger avec le professeur Jérôme Salomon, le directeur général de la santé, qui lui avait confirmé les besoins urgents de l’État : « Je vous garantis que nous cherchons tous azimuts [des masques – ndlr] », lui écrivait-il, le 13 mars.

Le ministre de la santé Olivier Véran lors d’une conférence de presse à Paris, le 28 mars. © Geoffroy van der Hasselt / AFP

Interrogé par Mediapart sur le refus opposé à Julien mais aussi à d’autres importateurs, le ministère de la santé avait alors remis en question leur « fiabilité ». « S’auto-désigner comme un interlocuteur sérieux n’a jamais constitué une preuve en soi que c’est bien le cas », ajoutait même le cabinet d’Olivier Véran, visiblement sûr de son fait, dans la réponse adressée à Mediapart le 1er avril (à relire ici)

Il s’agissait d’un nouveau mensonge. Si ce n’est pas le cas de Julien, plusieurs autres importateurs qui nous ont dit avoir été ignorés par l’État ont été officiellement référencés, depuis la fin du mois de mars, par le ministère de l’économie et des finances comme des importateurs fiables pour les entreprises françaises qui veulent acheter des masques, d’après des documents que nous avons consultés.

 

 

Mediapart a pu retracer, en plus de Lucas, les situations de trois autres entreprises françaises, également référencées dans les listings officiels de Bercy, mais dont les offres pour les établissements de santé ont été ignorées au mois de mars par le ministère de la santé. La plupart ont requis l’anonymat, vu la sensibilité du sujet.

C’est par exemple le cas de Fernand*. Dans la première quinzaine du mois de mars, cet importateur est très inquiet de la situation dans les hôpitaux. Il sollicite, par mail lui aussi, un conseiller du cabinet d’Olivier Véran dont il a obtenu les coordonnées.

Fernand travaille avec la Chine dans le domaine médical depuis plusieurs années. Il peut livrer des millions de masques chirurgicaux pour les soignants dans les trois semaines. Mais son mail ne reçoit pas la moindre réponse, ni même un accusé de réception. « J’étais surpris, j’ai fait plusieurs tentatives sans succès. » Peut-être le ministère a-t-il considéré qu’il n’était pas fiable. « Je fournis pourtant des grands groupes cotés en bourse », répond-il.

C’est avec la plus grande volonté du monde que Bernard Malaise, à la tête de la société d’import ID Services, et qui travaille avec des fournisseurs industriels chinois depuis plus de dix ans, a lui aussi proposé son aide au ministère. Nous sommes le 21 mars et les masques continuent à faire défaut à la France. 

Olivier Véran évoque même publiquement la pénurie en conférence de presse. « Lors de son allocution du samedi 21 mars, le ministre de la santé indiquait que les stocks de masques FFP2 en France n’étaient plus que de 5 millions », se souvient M. Malaise (lire ici les déclarations du ministre)

Or, la consommation pour les hôpitaux français est, malgré les nombreuses restrictions, passée à 40 millions de masques chirurgicaux et FFP2 par semaine. Bernard Malaise connaît bien le sujet. L’une de ses sœurs « travaille aux urgences à l’hôpital Cochin à Paris depuis plus de 30 ans » : « Ce qu’elle vit aujourd’hui avec ses pairs est inouï. Chaque jour, chaque nuit, j’y pense… »

Le chef d’entreprise cherche ce week-end-là à contacter le ministère de la santé pour proposer d’importer des masques, mais ses appels restent vains. Deux jours plus tard, la société ID Services ouvre elle-même un canal d’importation. « Nous sommes une PME semblable à des milliers d’autres en France : sans aucune assistance ni aide externe, nous sommes en train de réceptionner 5 millions de masques chirurgicaux et de FFP2 en moins de quatre semaines. »

« Comme d’autres salariés d’ID Services », Bernard Malaise est « 24 heures sur 24 au bureau ». Il ne se « repose que quelques heures ici ou là » sur un lit de camp. Dans « moins d’un mois, nous dépasserons les 10 millions de masques importés pour la France » : « C’est peu par rapport aux besoins de notre pays, c’est énorme pour l’usage que nous en faisons. »

ID Services approvisionne des PME et PMI qui ont besoin de protéger leurs salariés, mais donne aussi des milliers de masques à des professionnels de santé. « Force est de reconnaître qu’en matière d’importation de masques, tout particulièrement les masques FFP2, l’échec de l’administration et des grands groupes qui étaient proches ou non du pouvoir est patent », note Bernard Malaise.

* Les prénoms ont été modifiés à la demande des témoins.

 

Nous avons envoyé des questions écrites jeudi à 14 heures au ministre de la santé Olivier Véran, à la secrétaire d’État à l’économie Agnès Pannier-Runacher, au ministre des affaires étrangères Jean-Yves Le Drian et au premier ministre Édouard Philippe, en leur donnant un délai de 24 heures pour répondre. Au regard des circonstances exceptionnelles, nous avons pris soin de limiter au maximum nos questions (10 séries de questions au maximum pour le ministère de la santé).

Matignon et le Quai d’Orsay n’ont pas répondu.

Jeudi à 16 h 50, le conseiller presse d’Agnès Pannier-Runacher nous a écrit qu’il ne serait possible de nous répondre que « dans le courant du week-end ». Nous avons accepté de retarder notre bouclage jusqu’à vendredi 18 heures, mais pas au-delà, en soulignant que nos questions étaient simples, peu nombreuses, ne nécessitaient pas de travail de recherche particulier et que Bercy et la secrétaire d’État connaissaient parfaitement le sujet des masques, sur lequel ils ont déjà communiqué. Après d’autres échanges, le conseiller presse d’Agnès Pannier-Runacher nous a répondu vendredi à 17 h 47 que le ministère de la santé centralisait « les réponses du gouvernement » et allait nous « répondre ».

Le service de presse du ministre de la santé Olivier Véran a accusé réception de nos questions, jeudi à 15 h 20, tout en indiquant que notre délai « n’est pas envisageable vu la charge de travail de [ses] équipes ». Nous avons alors décidé, en soulignant l’importance de ce sujet d’intérêt public majeur, d’accorder un délai exceptionnel pour que le ministère puisse nous répondre. Nous avons ainsi décidé de décaler le bouclage de notre enquête au vendredi à 18 heures. Jeudi soir, à 19 h 45, le ministère nous a indiqué qu’il « essayer[ait] de [nous] répondre dans les meilleurs délais ». Vendredi à 21 h 45, nous n’avions toujours rien reçu.

Étant donné cette situation, que nous regrettons, nous avons choisi de publier nos questions aux ministères et à Matignon dans l’onglet Prolonger. Nous intègrerons les réponses de l’exécutif à cet article si elles nous parviennent.

Nous avons contacté jeudi par courriel les quatre gros fournisseurs de masques « privilégiés » par l’État pour sa mégacommande : Segetex EIF, Aden Services, BYD et Fosun. Seul Fosun nous a répondu, pour nous signifier son refus de répondre : « Pour plus d’informations sur les questions d’approvisionnement, merci de contacter le ministère français de la santé. Comme vous l’avez souligné, Fosun ne produit pas lui-même de masques. Cependant, Fosun est une entreprise mondiale ancrée en Chine, très impliquée dans les initiatives de responsabilité sociale et environnementale. Nous essayons de mobiliser autant que possible nos ressources mondiales pour soutenir les pays touchés par la pandémie. »

Geodis, chargé d’organiser le « pont aérien » pour rapatrier les masques commandés par l’État en Chine, a refusé de nous répondre : « Comme c’est le cas pour l’ensemble de nos clients, nous ne sommes pas en mesure de partager de plus amples informations sur le contenu des contrats qui nous lient. »

Contactée mercredi par courriel à deux reprises, la compagnie russe Volga-Dnepr, choisie par Geodis pour acheminer dans ses Antonov les masques commandés par l’État, n’a pas répondu. 

Yoann Maugran, responsable de l’activité cargo à l’aéroport de Paris-Vatry, où atterrissent les Antonov affrétés par Geodis, nous a répondu jeudi par téléphone.

L’ARS Grand Est nous a répondu vendredi par courriel.

Nous avons pu nous entretenir avec neuf entrepreneurs qui ont fait des offres d’importation de masques à l’État au mois de mars, et dont six figurent aujourd’hui dans la liste des fournisseurs de confiance établie par la « cellule masques » de Bercy afin d’aider les entreprises à s’approvisionner. La plupart de ces importateurs ont souhaité rester anonymes. Ils nous ont fourni de nombreux documents attestant de leurs échanges avec l’État et de leurs relations avec des fournisseurs de masques chinois (courriels, photos, certificats de conformité, etc.).

Afin de dresser un état des lieux des commandes privées de masques, Mediapart a contacté l’ensemble des importateurs listés dans le fichier de la Direction générale des entreprises, soit 32 sociétés. Dix-huit d’entre elles ont accepté de nous répondre, certaines en demandant l’anonymat et/ou à relire leurs citations avant publication. 

Nous avons demandé à chacun le nombre (approximatif) de masques FFP2 commandés, et le nombre de masques déjà reçus et livrés à ce jour. Nous les avons interrogés sur la nature des commandes : privées ou publiques, sur les modalités de rapatriement des marchandises, ainsi que sur les difficultés qu’ils pouvaient rencontrer pour servir leurs clients.

Certaines entreprises privées, telles que BNP Paribas, ont été jointes afin de connaître leurs modalités d’approvisionnement en masques mais n’ont pas souhaité s’exprimer.

Nous avons contacté par SMS, puis par téléphone, les commissionnaires de transport sélectionnés par la « cellule masques » de Bercy pour aider les entreprises à transporter les masques qu’elles commandent en Chine. Ils ont pour la plupart refusé de s’exprimer, nous ont renvoyé vers les services de communication ou n’ont pas répondu.

Le transporteur ACS France, qui a effectué au moins une livraison de masques à l’aéroport de Paris-Vatry, a refusé de s’exprimer sur les destinataires des cargaisons : « Ce sont les consignes que nous avons reçues, ne pas communiquer sur Vatry. » 

Bolloré Logistics n’a pas répondu. L’attachée de presse du groupe nous a indiqué ne pas avoir pu recueillir les éléments que nous avions demandés.

Ceva Logistics, filiale de CMA-CGM, nous a demandé de préciser nos questions par courriel, ce que nous avons fait. Nous n’avons reçu aucune réponse.

Air France-KLM Cargo nous a répondu via son service de presse, avec lequel nous avons échangé à plusieurs reprises par téléphone et SMS mardi, mercredi et jeudi. 

Le service de presse de Qatar Airways, qui ne fait pas partie des transporteurs aériens recommandés par Bercy mais a effectué des livraisons de masques en France, a été contacté par courriel mercredi. Nous avons reçu une réponse automatique indiquant que la compagnie avait du mal à traiter le grand nombre de demandes reçues, mais qu’« un membre de l’équipe [de communication] lira [n]otre courriel et [n]ous contactera […] s’il nous est possible de [n]ous aider ». Nous n’avons pas reçu de réponses à nos questions.

 

 

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3.1 Ambiguïté gouvernementale, liens d'intérêts au sommet de l'Etat : enquête sur la guerre secrète de la chloroquine

Par Etienne Campion

Publié le 09/04/2020 à 19:51  MARIANE

Le Président a rencontré Didier Raoult ce 9 avril, rendant encore un peu plus ambiguë la position de l'Etat à l'égard de la chloroquine. Celle-ci a longtemps oscillé et est toujours déterminée par l'avis d'une commission du Haut Conseil de la Santé publique, dont les liens d’intérêts de son président avec des laboratoires interpellent. Enquête.

"Une visite surprise et à l'abri des regards", nous dit La Provence. A "l'abri des regards", certes, mais une visite évoquée par tous les médias. Et lourde de sens aussi. Emmanuel Macron s'est rendu à Marseille ce jeudi 9 avril pour rencontrer le professeur Didier Raoult. Celui-ci lui aurait dévoilé une nouvelle étude validant ses intuitions et son protocole de soin. Cette entrevue intervient après des semaines d’atermoiement au sommet de l'Etat. C'est que la position du gouvernement sur la chloroquine, dont l’efficacité médicale n’est pas encore établie selon les méthodes ordinaires des essais cliniques, a fortement évolué avec le temps. Ces hésitations en série ont fini par déboucher sur un décret timoré du gouvernement en date du 26 mars, autorisant le recours à la molécule pour les formes graves de Covid-19 en hospitalisation, alors que les défenseurs du protocole marseillais expliquent qu'il faut, au contraire, l’utiliser dès les premiers symptômes, pour éviter justement ces formes graves. Par ailleurs, la désormais fameuse chloroquine est toujours sujette à l'avis de la commission spécialisée "maladies infectieuses et maladies émergentes" du Haut Conseil de la Santé publique, dont les liens d'intérêts de son président Christian Chidiac avec le laboratoire pharmaceutique Gilead interpellent.

 

 

L'épisode Carry-le Rouet

Mais petit retour en arrière. Car la chloroquine revient de loin, notamment parce que son principal promoteur dans l’Hexagone entretenait des rapports conflictuels avec le milieu médical parisien, et plus spécifiquement Yves Lévy, mari de l'ex-ministre de la Santé Agnès Buzyn. L’inauguration du nouvel IHU de Marseille en mars 2018 s’est par ailleurs fait sans la présence ministérielle d’Agnès Buzyn. Lorsqu'elle était en poste, la ministre a toujours ignoré l'infectiologue. "J'ai demandé des rendez-vous, on m'a répondu que la ministre n'avait pas le temps", nous racontait-il d’ailleurs récemment. C'est dans ce contexte qu’arrivent, à la fin du mois de janvier, les premiers ressortissants français venus de la région de Wuhan, à Carry-le-Rouet, dans les Bouches-du-Rhône. Facilement sécurisable, ce centre de vacances est sélectionné par l’État en raison, notamment, de sa proximité avec l’IHU de Marseille, que dirige Raoult.

Le professeur vient de se porter volontaire, avec ses équipes. Il y voit l’occasion d’appliquer sa méthodologie de mise en "quarantaine biologique", avec tests PCR - pour Polymerase Chain Reaction, qui reposent sur l’analyse génétique et se réfèrent au génome du virus - à cinq jours d'intervalle. Sa requête est soutenue par Jérôme Salomon, directeur général de la Santé, lui aussi infectiologue.

Mais l’arrivée de ces nouveaux patients ne signifient pas pour autant que l’exécutif donne un blanc-seing à Raoult. D’autant que, moins d’un mois plus tard, quand le professeur fait ses premières annonces, évoquant dès le 25 février des “effets prometteurs” pour la chloroquine, un article des “Décodeurs” du Monde considère comme “trompeur” le titre d’une de ses vidéos et ses déclarations sont qualifiées d’"infox" par le ministère de la Santé qui tweete : “Aucune étude rigoureuse, publiée dans une revue internationale à comité de lecture indépendant, ne démontre l’efficacité de la chloroquine (Nivaquine) pour lutter contre l’infection au coronavirus chez l’être humain.

Didier Raoult invité le 5 mars à Élysée
Didier Raoult est pourtant invité le 5 mars à l’Élysée par le chef de l’État pour participer au Conseil scientifique - dont l’infectiologue s’est depuis mis en retrait. L'intéressé nous raconte : "Cela s'est bien passé, j'ai dit ce que je pensais à Emmanuel Macron, mais il ne s'est rien produit de plus." Raoult profite de l’occasion pour immortaliser sa rencontre avec le chef de l’Etat, afin de "compléter [sa] collection” de photos “avec les présidents". Du côté de l’Élysée, on explique que cette entrevue a été organisée à la demande d’Emmanuel Macron lui-même, qui entendait "associer Didier Raoult à cette réunion hybride" : “Le Président ne se cantonne pas à prendre ses avis auprès de la haute fonction publique. Il collecte des informations autour de lui. Issu d'une famille de médecin, il a entendu parler des travaux de Raoult et sait qu'il n'est pas le Professeur Tournesol”, souligne-t-on au Palais.

De retour à Marseille, Raoult continue de mener un premier test clinique sur 24 patients infectés, avec la combinaison de deux médicaments : un dérivé de la chloroquine, l’hydroxychloroquine, anti-paludique employé depuis 1949, associé à l'antibiotique l’azithromycine, déjà utilisé dans le traitement d'infection des voies respiratoires. Le 16 mars, il affirme que, six jours après le début de leur traitement, les trois quarts de ses patients ont vu leur charge virale considérablement baisser. En réaction à ces annonces, le lendemain, le ministre de la Santé Olivier Véran déclare avoir "pris connaissance des résultats" et "donné l'autorisation pour qu'un essai plus vaste par d'autres équipes puisse être initié dans les plus brefs délais sur un plus grand nombre de patients". Bien que paraissant encourageants, les résultats de l’IHU de Marseille ne sont pas encore suffisants pour l’exécutif : "Il est absolument fondamental d’asseoir toute décision de politique publique en santé sur des données scientifiques validées, et les processus de validation, on ne peut pas négocier avec."

Problème : malgré l'absence de nouveaux tests scientifiques, plus les jours passent, plus la vision du protocole du professeur Raoult semble s’imposer dans une partie de l’opinion comme une solution immédiate à l’épidémie du coronavirus. Les articles s’intéressant au profil atypique du scientifique se multiplient. Des personnalités politiques, comme le maire de Nice Christian Estrosi ou encore la députée des Bouches-du-Rhône Valérie Boyer, testés positif au coronavirus, annoncent avoir essayé le protocole marseillais et être convaincus de son efficacité. Fin mars, outre-Atlantique, remettant en cause la nécessité d’essais cliniques en dépit des réticences de plusieurs de ses conseillers scientifiques, Donald Trump se met lui aussi à vanter les mérites de la chloroquine.

 

Un décret rectifié : informations contradictoires les 26 et 27 mars

Mais le Haut Conseil de la santé publique, lui, fait entendre un tout autre son de cloche le 23 mars, ce qui va conduire à l'écriture du décret encadrant actuellement sa prescription. "Le Haut Conseil de santé publique recommande de ne pas utiliser de chloroquine en l'absence de recommandation, à l'exception de formes graves, hospitalières, sur décision collégiale des médecins et sous surveillance médicale stricte”, indique ce jour-là Olivier Véran. Incompréhensible position pour les partisans du protocole marseillais, qui défendent de l'utiliser dès les premiers symptômes.

Le 26 mars, surprise : dans les colonnes du Journal Officiel, la limitation aux "formes graves" a tout bonnement disparu du décret encadrant l’utilisation de la chloroquine pour traiter le Covid-19. Le texte prévoit en effet que "l'hydroxychloroquine et l'association lopinavir/ritonavir peuvent être prescrits aux patients atteints par le Covid-19." Autrement dit, bien que les médecins généralistes ne soient toujours pas autorisés à prescrire ce traitement, le gouvernement semble avoir fait un grand pas en avant sur la piste de la chloroquine. Didier Raoult, qui a désormais l'oreille du ministère, formule même ses remerciements dans un tweet à Olivier Véran, comme si les choses étaient actées : "Dans le cadre de l'urgence sanitaire, l'hydroxychloroquine peut être prescrite en traitement du COVID-19. Merci à Olivier Véran pour son écoute."

Patatras ! Dès le lendemain, un décret rectifié réintroduit une restriction à certains cas graves : "Ces prescriptions interviennent, après décision collégiale, dans le respect des recommandations du Haut Conseil de la santé publique et, en particulier, de l'indication pour les patients atteints de pneumonie oxygéno-requérante ou d'une défaillance d'organe". "Ce rectificatif avait vocation à expliciter le contenu de l’avis du Haut Conseil de la santé publique, pour une meilleure lisibilité du texte pour les praticiens et les citoyens" nous explique-t-on, par écrit, du côté du ministère de la Santé.

Si elle a le mérite de coller à la position initiale du Haut Conseil de la santé publique, cette reculade suscite l’incompréhension de certains médecins, comme l’ancien ministre de la Santé Philippe Douste-Blazy, par ailleurs membre à titre bénévole du conseil d'administration de l'IHU de Marseille, où officie Raoult : "Le décret réserve l'hydroxychloroquine aux cas de pneumopathie avec détresse respiratoire. Mais ce sont justement les cas pour lesquels ce traitement n'est pas efficace. Car en phase de réanimation, la charge virale baisse. On le sait depuis le début", explique-t-il à Marianne.

En réalité, depuis le début de la crise, le Haut Conseil ne semble pas savoir sur quel pied danser : pour preuve, alors qu’il avait la capacité de s’autosaisir de la question de la chloroquine, il a fallu attendre une décision d’Emmanuel Macron pour que les experts se penchent sur la question. C’est en effet le président de la République en personne qui a saisi le Haut Conseil tant l'indécision française sur la chloroquine devenait problématique. C’est en tout cas ce qu’explique à Marianne l'Élysée et le président du Haut Conseil de la santé publique, Franck Chauvin.

Imbroglios au Haut Conseil de la santé publique
Plutôt que l’effort de “lisibilité” invoqué par le ministère, le soudain revirement du gouvernement s’expliquerait davantage par le fait que le décret initial s’appuyait sur l'avis provisoire d'un membre de la commission spécialisée "maladies infectieuses et maladies émergentes", au lieu de la décision collégiale de l’ensemble du Haut Conseil. Ce membre n’est autre que Christian Devaux, ancien directeur d’unité en maladies infectieuses au CNRS, positionné en faveur du protocole de Didier Raoult, puisqu'il travaille depuis septembre 2016 à l’IHU Méditerranée, avec l'infectiologue méridional.

Mais comment comprendre l'avis du Haut Conseil de la santé publique ? Interrogé à ce sujet par Le Canard enchaîné, et plus spécifiquement sur l'étrangeté de réserver l'usage de la chloroquine aux patients les plus atteints par la maladie, le président du Haut Conseil de la santé publique et également membre du Conseil scientifique, Franck Chauvin, répond que "c'est la pression des soignants et des médecins" qui a guidé ce choix car "il n'était pas possible de les laisser sans rien dans la phase la plus aiguë de la maladie." Chauvin précise sa pensée auprès de Marianne : "J'ai voulu dire qu'il était compliqué de ne pas laisser une porte ouverte pour des soignants face à un flot de patients."

On comprend mieux, dès lors, la position paradoxale qui préside actuellement à la prescription de chloroquine : si elle n'est autorisée que pour les formes graves, c'est parce que le Haut Conseil de la santé publique entend offrir un horizon, un débouché psychologiquement réconfortant aux soignants. Ce qui revient donc à autoriser la chloroquine pour les formes graves sans savoir encore tout de son efficacité ou pas. Franck Chauvin, nous confirme être conscient de cette contradiction et ajoute attendre les résultats des essais cliniques.

Quant à savoir qui, au sein de la commission spécialisée "maladies infectieuses et maladies émergentes" du Haut Conseil, a poussé pour rectifier l'avis du gouvernement, Franck Chauvin botte en touche : "Je ne peux pas vous dire, je ne participais pas au groupe de travail et ne sais pas ce qui s'est passé." La décision est en tous cas passée par le président de ladite commission, Christian Chidiac, qui n’a pas souhaité répondre aux questions de Marianne.

Les Liens d'intérêts de Christian ChidiacLe profil de ce dernier mérite qu’on s’y attarde. Christian Chidiac déclare des liens d'intérêts (avantages, rémunérations et/ou conventions) avec de très nombreux groupes de l’industrie pharmaceutique : Pfizer, MSD, Novex Pharma, ViiV Healthcare, AbbVie, Eumedica... Mais aussi Gilead. Le laboratoire pharmaceutique qui fabrique le remdésivir, médicament concurrent de la chloroquine au sein des d'essais cliniques contre le coronavirus. En effet, entre 2014 et 2019, Christian Chidiac déclare plusieurs milliers d'euros d'avantages perçus en transports, repas, hébergements, inscription à des colloques, mais surtout en rémunérations pour l'écriture d'études scientifiques en tant qu'"expert" au service du géant pharmaceutique américain.

Plus troublant encore - qui plus est lorsqu'on préside une commission qui va orienter les choix de traitement du pays face à la pandémie -, sur la même période, Christian Chidiac déclare avoir siégé plusieurs fois au "board" de Gilead. A noter : la vice-présidente de cette commission responsable de conseiller la France dans ses choix thérapeutiques, Céline Cazorla, déclare elle aussi des liens d'intérêts avec Gilead. De même, Bruno Hoen, membre de la commission, déclare avoir siégé au "board" de Gilead.

Ces liens expliquent-ils également les atermoiements de la France à l’égard du professeur Raoult et de ses préconisations ? Certains voudront y croire. En attendant, du côté de l'IHU de Marseille on refuse de s'en remettre à l'essai clinique Discovery en cours, arguant que celui-ci n'expérimente pas l'azithromycine avec la chloroquine et ne teste la molécule, là aussi, que sur les cas graves : "S'ils voulaient saboter l'essai en cours, ils ne pourraient pas mieux s'y prendre", estime-t-on à regret. Les médecins et chercheurs marseillais pourront toujours se réconforter en se disant qu'ils ont eu "une visite surprise et à l'abri des regards" du chef de l'Etat.

 

Marianne ne présume en rien des vertus thérapeutiques et de l'efficacité de la chloroquine. Notre rôle n'est pas d'être "pour" ou "contre" un médicament pour lequel des essais sont en cours. Nous constatons plutôt qu'un débat a lieu dans la communauté scientifique : ces querelles ont cours sur un plan méthodologique et il nous appartient d’en rendre compte.
- Les critiques émises contre la méthode de Didier Raoult
Face aux publications des essais cliniques de Didier Raoult, de nombreux scientifiques ont fait valoir qu’il était impossible de tirer de conclusion sur leur seule base, en raison de leur méthodologie. Avant ce jeudi 9 avril, le dernier essai connu de l'IHU de Marseille note une "amélioration favorable" sur 65 des 80 patients, mais la critique essentielle qui lui est faite repose sur l'absence de groupe-contrôle : des patients à qui on n'administre pas le traitement étudié. Selon les scientifiques, cette absence de groupe contrôle empêche d’établir une comparaison pour déterminer si c’est bien le traitement qui est à l’origine de l’amélioration.
Au-delà du fait que les études ne soit pas "randomisée", des scientifiques mettent en avant le fait que c'est le critère biologique – s'intéresser à la charge virale – et non pas le critère clinique – analyser l'amélioration de l'état pulmonaire – qui est retenu dans la méthodologie de Didier Raoult. Auprès de Numérama, le professeur François Séverac, méthodologiste et médecin biostatisticien à l’hôpital civil de Strasbourg, conclut que "vu les problèmes méthodologiques et vu le nombre de biais dans l’étude, qui est totalement préliminaire, on ne peut pas en confirmer les résultats." D'autres analyses rapportent par ailleurs que les études de Didier Raoult, qui ont lieu in vitro (sur des cultures de cellules), montrent leur inefficacité in vivo (dans le corps humain), voire leur contre-productivité.
Une autre objection essentielle faite à Didier Raoult réside dans le fait que ce dernier recourant à des tests en quantité élevée, comptabilise logiquement une proportion plus faible de cas graves, et une très forte proportion de gens qui auraient guéri de toute façon.
- Les réponses des défenseurs de Didier Raoult
Du côté des défenseurs de la "méthode Raoult", on prêche une "médecine de guerre", plus empirique, et critique le poids qu'ont les "méthodologistes" et la méthode du tirage au sort dans la médecine. Le professeur Raoult décrit cette méthode comme une "mode", explique que dans la médecine la "volonté de soin" doit primer sur la "volonté de recherche". L'idée que l'étude "randomisée" est un passage obligé ne serait qu'une opinion parmi d'autres. Didier Raoult s'en explique dans une tribune dans laquelle il critique la méthodologie des études comparatives "randomisées" : "Cette approche est restée contestée, et les deux articles, les plus cités dans ce domaine, concluent que les essais randomisés ne sont pas supérieurs aux essais observationnels."

 

 

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4.1 Pourquoi la France tarde-t-elle à pratiquer un dépistage massif du coronavirus ?par Sophie Chapelle 1er avril 2020. Basta

D’abord hostile à un dépistage massif du coronavirus, pourtant recommandé par l’OMS, le gouvernement a fait évoluer sa position. Préparer la levée du confinement nécessite de tester en masse pour éviter une seconde phase de contamination. Problème : comment surmonter l’actuelle pénurie et le manque de moyens industriels pour pratiquer des tests plus nombreux ?

Tester, tester, tester. C’est la consigne donnée, depuis mi-mars, par le président de l’Organisation mondiale de la santé (OMS), Tedros Adhanom Ghebreyesus. « Vous ne pouvez pas combattre un incendie les yeux bandés. Et nous ne pourrons pas stopper cette pandémie si nous ne savons pas qui est infecté. » À l’instar de l’OMS, des scientifiques français demandent également une politique massive de dépistage, complément crucial au confinement. Pourquoi gouvernement et autorités sanitaires français n’ont-ils pas suivi au plus vite ces recommandations ?

    L’appel de l’OMS négligé par le gouvernement

« La France n’est pas visée » par la consigne de l’OMS, assure le 17 mars, Jérôme Salomon, directeur général de la santé (DGS), alors que le confinement vient d’être instauré. « En circulation active [...] le test n’a pas beaucoup d’intérêt. » Ce qu’il faut, c’est rester chez soi, martèle le directeur général, ca r « on est tous potentiellement porteurs ». L’épidémie est arrivée en France depuis maintenant deux mois. Les laboratoires hospitaliers ne réalisent alors, en moyenne, que 4000 tests par jour. L’ensemble des laboratoires de ville quelques centaines [1]. Autorités sanitaires et gouvernement semblent assumer une « stratégie ciblée » : « Nous testons toutes les personnes fragiles, à risques, hospitalisées évidemment, mais aussi les foyers collectifs, les résidents d’établissements collectifs de personnes fragiles ou âgées et, évidemment, les professionnels de santé », détaille Jérôme Salomon le 20 mars lors de son point de situation.

 

 

 

    Une position officielle qui évolue sous la pression

Pourtant, le président du Conseil scientifique constitué par l’Élysée face au coronavirus, Jean-François Delfraissy, se prononce dès le 18 mars en faveur de tests massifs. « Les tests permettraient en effet, si on les avait en très grande quantité, de tester les individus suspects, ensuite de les isoler, c’est donc un enjeu majeur », explique-t-il. Les apparents bons résultats obtenus par la stratégie de dépistage massif en Corée du Sud et en Allemagne alimentent les critiques. Il faudra attendre dix jours, le 28 mars, pour que l’exécutif ne néglige plus les recommandations de l’OMS. Lors d’une conférence de presse, le Premier ministre Edouard Philippe et le ministre de la Santé Olivier Véran reconnaissent enfin la nécessité de tester plus massivement. Il s’agit aussi de commencer à anticiper la sortie du confinement.

La France est désormais en capacité de tester environ 12 000 personnes par jour, principalement via les laboratoires hospitaliers. L’objectif du ministère de la Santé est de multiplier ces capacités par quatre d’ici fin avril (avec 50 000 tests par jour). Problème : comment rattraper le retard et surmonter la pénurie de tests, que les deux semaines d’hésitations gouvernementales ont probablement aggravé. « Nous ne pouvons pas faire passer plusieurs dizaines de milliers de tests par jour. (...) Nous sommes en train de prendre des moyens industriels pour nous procurer ces produits afin de mettre en œuvre cette stratégie de tests massifs », expliquait Jean-François Delfraissy, le 20 mars [2]. Confrontées à un nombre limité de tests, les autorités sanitaires en ont pour l’instant restreint leur usage aux cas jugés « prioritaires » : principalement les personnes et les professionnels de santé « présentant des signes de gravité et des symptômes évocateurs du Covid-19 ». Face à ces restrictions en matière de dépistage, les soupçons de passe-droit pour les personnalités alimentent la défiance.

    Un manque de réactifs et d’écouvillons pour réaliser les tests

Les tests actuellement pratiqués en France consistent à détecter la présence du virus dans des sécrétions qui ont été prélevées. Pour cela, un biologiste ou un personnel soignant réalise d’abord un prélèvement dans les cavités nasales à l’aide d’un écouvillon – une sorte de long coton-tige. Ce prélèvement est ensuite envoyé dans un laboratoire pour être testé par une méthode appelée « réaction en chaîne par polymérase » (PCR). Il s’agit de détecter si le matériel génétique du virus (l’acide ribonucléique, ARN), se trouve dans le prélèvement.

Le réactif est le composé qui réagit si le virus est présent dans l’échantillon prélevé. Ces réactifs, principalement produits en Chine et aux Etats-Unis, manquent. Les écouvillons pourraient aussi subir une pénurie, rapporte Le Canard Enchainé dans son édition du 25 mars. L’italien Copan, leader du secteur, est débordé de commandes. « Certains laboratoires – privés comme publics – sont obligés de développer des astuces artisanales pour démultiplier les possibilités d’écouvillonnage », prévient un communiqué des syndicats de biologie médicale et de médecins toutes spécialités confondues, le 24 mars.

La fiabilité des tests actuels est également source d’interrogations. Une partie des patients sont négatifs aux tests alors qu’ils souffrent de syndrome respiratoire aigu. L’une des raisons avancées, selon le chef de service du laboratoire de virologie du CHU de Rennes, Vincent Thibault, est que le virus ne se trouve pas dans le nez tout au long des différentes phases de la maladie. Il peut être localisé plus en profondeur, dans les voies respiratoires supérieures, voire dans les poumons. Ceci explique que l’on puisse obtenir un test négatif chez un patient symptomatique, pourtant bien infecté. « Cela ne veut pas dire que le test n’est pas bon mais que nous cherchons le virus au mauvais endroit, là où il n’est pas à toutes les phases de la maladie. »

    La pénurie de masques joue sur le manque de tests

Depuis le 7 mars, le gouvernement autorise les laboratoires de ville à effectuer les tests [3]. La Direction générale de la santé dénombre 120 laboratoires, publics et privés, en mesure de les réaliser. Mais face à la pénurie de gants, de lunettes de protection et de masques, les biologistes et infirmiers ne peuvent pratiquer les prélèvements sans risquer d’être contaminés, puis de propager le virus eux-mêmes. Cette absence de moyens a donc un effet direct sur le nombre de prélèvements.

Là encore, le manque d’anticipation du gouvernement est pointé du doigt. « Les laboratoires privés auraient dû être autorisés plus tôt à pratiquer ces tests, cela leur aurait permis d’anticiper plus tôt. Nous avons perdu un mois de pratique de tests, le temps de les recevoir et de mettre en place une organisation pour les réaliser », estime Lionel, .

    Hôpitaux publics et laboratoires de villes, prisonniers de l’offre des entreprises privées

La liste de kits de tests certifiés est régulièrement mise à jour par le ministère de la Santé. Au 23 mars, 19 kits étaient validés par les autorités françaises et distribués par 14 entreprises [4]. Or beaucoup de laboratoires de ville ne sont pas équipés des toutes dernières machines des fournisseurs de tests nécessaires à l’analyse des échantillons. Pour pratiquer la plupart des tests « nouvelle génération » comme celui de Roche, le laboratoire doit être équipé de la plateforme de test Roche dernière génération dont le tarif serait compris entre 300 000 et 400 000 euros ! « Sur les 4200 laboratoires de ville en France, pas plus d’une dizaine sera en mesure de s’acheter une machine de la dernière gamme de Roche », estime François Blanchecotte, président du Syndicat des biologistes dans Mediapart.

Autre obstacle : le choix a été fait de privilégier les plateformes de tests dites « fermées ». Pour une machine d’une marque donnée, le réactif de la même marque doit être utilisé, un autre ne sera pas compatible. « Lors d’une nouvelle menace virale comme aujourd’hui, il faut donc attendre les réactifs fournis par Roche ou Abbott pour pouvoir utiliser leurs machines. Si vous avez la machine Abbott mais que ce sont les réactifs Roche qui sont disponibles en premier, vous êtes coincé », explique Jérôme Martin, cofondateur de l’Observatoire de la transparence des politiques du médicament. Les réactifs pour les plateformes de tests dites « ouvertes » ont été distribués assez vite. Mais comme ces machines ne peuvent être entièrement automatisées et nécessitent davantage de manipulations, donc de personnels, elles sont devenues rares : l’ensemble des CHU ne comptent que 48 de ces plateformes « ouvertes » de tests. Les laboratoires de recherche et les hôpitaux publics sont donc prisonniers de l’offre des entreprises privées et de leur niveau de réactivité.

    Quid des tests rapides

L’une des principales critiques adressées au gouvernement français en mars est l’absence de tests rapides comme ceux mis en place en Corée du Sud. Ces tests rapides permettent « d’avoir un résultat rendu en quelques minutes, 10, 15, 20 parfois 30 minutes selon les tests considérés », a précisé Olivier Véran le 28 mars. Ces nouveaux kits sont en cours d’élaboration, voire « désormais opérationnels pour certains d’entre eux », a ajouté le ministre, mentionnant des recherches en France, aux États-Unis, au Japon ou en Corée du Sud. Toutefois, « avant de les déployer, il faut s’assurer de leur efficacité », a-t-il insisté.

L’Espagne avait ainsi commandé 640 000 kits de tests rapides à l’entreprise chinoise Shenzhen Bioeasy Biotechnology. Le 26 mars, l’ambassade de Chine en Espagne a indiqué que l’entreprise qui a envoyé ces tests rapides ne disposait pas de « licence officielle de l’administration nationale des produits médicaux de Chine ». Au moins 9000 tests étaient défectueux selon le coordinateur des urgences du ministère de la Santé espagnol, rapporte le journal El Pais.

Olivier Véran a confirmé la commande de 5 millions de tests rapides par le gouvernement français. Il a garanti que les modèles commandés ont été testés et leur efficacité vérifiée. L’objectif annoncé est la réalisation de 30 000 tests rapides par jour en avril, et 100 000 par jour d’ici le mois de mai. Cela permettra d’accompagner la fin du confinement et d’éviter une seconde vague de contamination.

 

 

    Un dépistage massif en France... après le confinement

L’autre piste envisagée par le gouvernement consiste en un dépistage massif de la population après la période de confinement, en recourant à des tests sérologiques : une prise de sang réalisée dans des laboratoires d’analyses. Plusieurs modèles de tests sérologiques, qui permettent d’identifier la présence d’anticorps dans l’organisme, sont en cours d’expérimentation. Aux États-Unis et en Chine, des entreprises ont déjà commencé à produire des tests de recherche d’anticorps. En France, trois équipes de l’Institut Pasteur travaillent à la mise au point de tests sérologiques. Depuis le 31 mars, la société bretonne NG Biotech propose un test sanguin rapide et pense fabriquer 120 000 tests en avril.

Ces tests sérologiques pourraient donner une image plus précise de la contamination de la population française, et surtout permettre d’identifier les personnes immunisées et les autres, encore vulnérables. Le confinement serait alors réservé aux malades et à leurs contacts. L’élaboration de ces tests à une grande échelle risque cependant de pr

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4.1     SUITE Dépister le virus : comment l’Allemagne réussit à tester cinq fois plus qu’en France
par Rachel Knaebel 2 avril 2020 Basta

Une meilleure anticipation, moins d’hésitation et de perte de temps ainsi qu’un maillage de grandes et moyennes entreprises en capacité de produire des tests, expliquent la capacité de l’Allemagne à dépister plus massivement le covid-19 qu’en France. Explications.

Tous les pays n’ont pas limité les tests du coronavirus aux seules formes sévères, comme l’a fait la France. L’Allemagne est souvent citée pour sa stratégie de dépistage beaucoup plus massive. Le pays compte près de 73 000 cas enregistrés de Covid-19 [1] au 2 avril. Plus qu’en France donc, qui en compte 52 000 (au 31 mars) – mais seules les personnes « présentant des signes de gravité et des symptômes évocateurs » y sont testées.

L’Allemagne enregistre – pour l’instant – beaucoup moins de décès : 872 au 2 avril, soit une létalité d’environ 1 %, plus faible qu’en France ou au Royaume-Uni (entre 6 % et 7 %), et beaucoup plus basse qu’en Italie (entre 11 % et 12 %). Comme le pays teste aussi les personnes qui ont des symptômes légers ou celles qui ont été en contact avec un cas avéré de Covid sans forcément développer de symptômes, le nombre de cas confirmés est plus important et ne concerne pas seulement les cas graves, les plus susceptibles d’en mourir (5 % de la population peut développer une forme critique de la maladie). Le fait que les personnes atteintes sont testées plus en amont, avant de devoir éventuellement être hospitalisées, améliore également la prise en charge, donc diminue le risque de décès.

Le virus a cependant atteint plusieurs maisons de retraites allemandes. Le président de l’institut Robert-Koch, qui coordonne la réponse à l’épidémie avec les autorités, a prévenu que le taux de létalité risquait d’augmenter dans les prochains jours [2].

 

 

Un objectif de 100 000 tests par jour à partir de mi-avril

« Les dernières estimations laissent penser qu’on fait aujourd’hui jusqu’à 500 000 tests par semaine », affirme le virologue de l’hôpital berlinois de la Charité, Christian Drosten, lors d’une conférence de presse le 26 mars [3]. Le même jour, le ministre allemand de la Santé, Jens Spahn, déclarait aussi que 300 000 à 500 000 tests avaient été pratiqués en une semaine dans le pays [4].

L’Allemagne teste donc, entre mi-mars et fin mars, au moins cinq fois plus qu’en France (au 22 mars, la France en reste à 60 000 par semaine) ! En quinze jours, le pays a doublé voire triplé le nombre de tests pratiqués, pendant que les autorités françaises continuaient à hésiter sur la stratégie à adopter, prétendant qu’elles n’étaient pas « visées » par les recommandations de l’OMS de tester massivement. Selon un document du ministère de l’Intérieur, le gouvernement allemand table désormais sur 50 000 tests réalisés chaque jour à partir de la semaine prochaine, et 100 000 par jour à partir du 13 avril [5].

Une meilleure anticipation qu’en France

Les patients n’ont pas forcément besoin de se rendre à l’hôpital pour se faire tester. À Berlin, les hôpitaux de la ville ont mis en place depuis début mars huit stations de tests en extérieur. Dans des zones plus rurales, comme en Bavière, des stations de test en « drive-in » – où l’on se fait tester depuis la fenêtre de sa voiture, évitant ainsi les contacts – ont été installées. Pour autant, les tests ne sont pas, pour l’instant, réalisés sur tout le monde. L’institut Robert-Koch recommande de ne tester que les personnes qui ont des symptômes ou ont été en contact avec des cas avérés de Covid-19. Au-delà de ces critères, les médecins généralistes peuvent prescrire un test à un patient s’ils le jugent nécessaire. Les autorités locales de santé accomplissent aussi un travail d’identification et d’isolement des personnes qui ont été en contact avec des cas avérés.

Pourquoi l’Allemagne, au contraire de la France où une pénurie entrave pour l’instant tout dépistage massif, dispose-t-elle de davantage de tests ? Cela s’explique par un meilleur approvisionnement. Plusieurs entreprises allemandes en fabriquent. Comme une PME berlinoise, TIB Molbiol. L’entreprise a commencé à produire des tests de dépistage du Covid-19 dès février. Elle en livre aujourd’hui dans 60 pays du monde [6].

Le grand groupe allemand Bosch a aussi développé son propre test de diagnostic rapide du Covid. Bayer a annoncé le 30 mars mettre à disposition 40 machines et du personnel pour augmenter les capacités de tests. Les prélèvements des tests sont analysés par des dizaines de laboratoires à travers le pays, au sein des hôpitaux universitaires mais aussi de laboratoire privés.

Ces entreprises pourraient cependant manquer des produits réactifs nécessaires aux tests. Le patron de l’entreprise berlinoise TIB Molbiol a assuré avoir des réserves de produits pour « plusieurs mois » [7]. D’autres disent s’inquiéter des difficultés possibles d’approvisionnement, car outre-Rhin aussi, certains produits viennent de Chine [8]. En Allemagne comme en France, la délocalisation de la production pour des raisons de baisse des coûts met aujourd’hui en péril l’approvisionnement en biens essentiels à la santé publique.

 

 

 

 

 

 

 le 03/04/2020 à 09:36 | Le Point.fr 4.2

EXCLUSIF. Comment la France se prive de 150 000 à 300 000 tests par semaine

Depuis le 13 mars, le gouvernement dispose d'une solution pour augmenter considérablement les capacités de tests de la France. Mais rien n'a bougé.

Par Géraldine Woessner

Les biologistes médicaux sont des gens polis. Lorsque Le Point les a contactés il y a 10 jours, ils ont hésité à parler. « Nous sommes en contact avec le gouvernement, la situation va forcément se débloquer… » Et puis ? Et puis rien. Silence radio. Un silence « incompréhensible », pour plusieurs des directeurs de laboratoires départementaux que Le Point a entendus. Les Français les connaissent mal, mais ils sont un rouage essentiel de notre système de santé. Implantés sur tout le territoire, 75 laboratoires publics (et leurs 4 500 employés) dépendent des départements, et assument la lourde tâche d'effectuer les analyses de contrôle des eaux, d'hygiène alimentaire ou de santé animale. Contrairement aux laboratoires de santé humaine, qui ne traitent ordinairement qu'un faible nombre d'analyses, ils sont dimensionnés pour travailler « par troupeaux », à la chaîne : pendant les crises de la vache folle ou de la peste aviaire, ils ont réalisé des dizaines de milliers de tests… par jour ! Et justement : c'est cette spécificité qu'ils pensaient que le gouvernement prendrait en compte. « Les laboratoires de biologie humaine, qui réalisent les tests aujourd'hui, travaillent avec des machines très performantes, mais » fermées, « c'est-à-dire conçues pour ne travailler qu'avec un seul type de réactifs », décrypte Philippe Nicollet, directeur du laboratoire départemental de l'environnement et de l'alimentation de Vendée.

Cela explique la pénurie actuelle de réactifs : les appareils disponibles dans les CHU ou les laboratoires privés, peu nombreux, sont souvent limités aux réactifs de leurs fabricants (une machine bioMérieux ne peut pas traiter un réactif Roche, par exemple.) À l'inverse, les machines utilisées dans les laboratoires départementaux sont « ouvertes » : « Pour nous prémunir contre une pénurie de réactifs en cas d'épizootie, nous avons choisi d'utiliser des thermocycleurs qui acceptent différents types de réactifs, précise Philippe Nicollet. Nous pouvons donc travailler avec une trentaine de kits disponibles. » Des tests PCR, ils en réalisent des centaines par jour. Et, parmi leurs kits, certains détectent déjà le coronavirus : « Le Covid-19 appartient à la même famille que les autres coronavirus ! » insiste Jean-Pierre Barreaud, président du laboratoire d'analyses départementales de la Creuse. « Il suffirait de vérifier auprès de l'Institut Pasteur que nos kits sont fiables, de les adapter au besoin… C'est l'affaire de quelques jours », confirme Jean-Louis Hunault, président du SIMV (Syndicat de l'industrie du médicament et du diagnostic vétérinaires).

 

     Une proposition est adressée par mail dès le 15 mars

Lorsqu'ils entendent, le 12 mars, France) IDVET, IDEXX, BIOSELLAL confirment qu'ils disposent de la matière première pour fournir des kits en grande quantité. Une proposition est adressée par mail dès le 15 mars au directeur général de la santé Jérôme Salomon. Quelques jours plus tard, les professionnels ont établi leur plan : les laboratoires départementaux pourraient réaliser, sous un délai de 15 jours, entre 150 000 et 300 000 tests PCR par semaine. Et ils sont outillés pour traiter en masse les tests sérologiques à venir, éléments clés de la sortie de confinement, qui permettront de déterminer quelle population est immunisée.

     La réponse ? Pas de réponse.

« On nous répète, depuis, que le dossier est à l'étude », se lamentent différents acteurs, qui se battent localement pour accélérer la décision. Dans le département d'Indre-et-Loire, les élus s'en arrachent les cheveux. Le laboratoire du secteur couvre quatre départements. « Notre labo [Inovalys, NDLR] peut monter à 2 000 tests par jour, il a stocké des réactifs pour 30 000 tests, et acheté 30 000 écouvillons pour les prélèvements », détaille un proche du dossier, que la préfecture essaie vainement de pousser depuis deux semaines. « Nous avons établi un protocole de prélèvement avec le CHU de Tours, tout le monde travaille en intelligence, on est prêts… Mais l'ARS bloque. » L'ARS : l'Agence régionale de santé, instance administrative dépendant du ministère, qui refuse pour l'instant l'hypothèse, d'après des motifs flous. « On ne nous a pas vraiment dit ce qui bloquait », explique Jean-Gérard Paumier, président du conseil départemental d'Indre-et-Loire. « On me parle de blocages juridiques, qui seraient à l'étude… Mais moi, sur le terrain, je dois gérer mon personnel d'Ehpad, qui vient travailler sans être testé, la peur au ventre, et qui menace de s'arrêter chaque jour ! » À l'heure actuelle, le CHU n'est en mesure de délivrer qu'une centaine de tests quotidiens… Insuffisant pour tester l'ensemble du personnel hospitalier, celui des Ehpad, de la gendarmerie, des pompiers, sans parler des manutentionnaires, livreurs et caissières de supermarchés, qui redoutent chaque jour de contaminer quelqu'un – ou d'être contaminés. « Je n'ai pas l'impression qu'ils réalisent, au ministère, les conséquences concrètes de leur blocage. J'entends partout qu'une rupture de la chaîne logistique serait terrible pour le pays, mais on ne fait rien pour l'empêcher. Et sur le front, la ligne de soldats se réduit  ! »

 

 

     Un blocage administratif

L'explication (parcellaire) fournie jusqu'à présent par les services d'Olivier Véran, qui refusent de répondre aux questions, tient en une formule sibylline, répétée hier encore par le Premier ministre : « C'est à l'étude. […] Nous avons des normes réglementaires à respecter. » Mais quelles normes ? Curieusement, elles n'embarrassent ni les Allemands, ni les Belges, ni les Espagnols qui mobilisent d'ores et déjà toutes les ressources disponibles, y compris leurs laboratoires vétérinaires. Mais en France, depuis une loi du 30 mai 2013, les laboratoires de biologie médicale vétérinaire n'ont plus le droit de traiter le moindre prélèvement issu d'un corps humain, et inversement. Si bien qu'à ce jour, seul le laboratoire départemental des Bouches-du-Rhône réaliserait des tests Covid-19… Parce qu'il compte dans ses effectifs un médecin biologiste, habilité à traiter des échantillons que les vétérinaires biologistes ne peuvent pas toucher. « C'est absurde. Il n'y a que l'homme pour se considérer comme non-mammifère », s'étrangle Jean-Louis Hunault. « Un virus est un virus, quel que soit le corps où il se loge. » Mais pour autoriser les vétérinaires à traiter des échantillons humains (ce que d'autres pays font sans problème), il faudrait modifier la règle. Et vérifier, bien sûr, la validité des tests. « Concrètement, nous en sommes là. Nos tests existent. L'Institut Pasteur doit les homologuer, et nous les rectifierons au besoin. Dès l'homologation reçue, et si le gouvernement donne son feu vert, nous pouvons déclencher la production de tests, disponibles sous 15 jours. Mais tant que nous n'avons pas ce feu vert, nous ne pouvons rien faire… »

Et chaque jour qui passe, les possibilités d'actions se réduisent. "Il y a deux semaines, nous avions des stocks de produits d'extractions de l'ARN (l'un des réactifs indispensables aux tests, NDLR). Mais faute de consigne claire du gouvernement, nous n'avons pas pu les conserver pour nos clients habituels", confie au Point un dirigeant d'Idvet, fabricant de réactifs de diagnostics pour la détection de maladies infectieuses. Chaque jour qui passe, ces stocks s'écoulent donc lentement. "Nous les avons vendus à ceux qui en ont fait la demande, en Allemagne notamment. C'est incompréhensible..." 

     Trois semaines perdues

La pression des fantassins du terrain pour des conditions de travail dignes se fait tellement intense que de nombreux élus, ces derniers jours, sont montés au créneau. Le président de l'Association des départements de France Dominique Bussereau, Emmanuel Macron. Résultat ? Si le président se serait dit favorable, son administration répond invariablement : « C'est à l'étude. […] Nous avons des normes réglementaires à respecter. » De quoi faire s'étrangler les acteurs de terrain. « Si la décision avait été prise dès le départ, le 15 mars, nous serions déjà en train de réaliser ces tests, à un rythme de 150 000 à 300 000 par semaine », enragent les professionnels. Qui peinent sincèrement à comprendre quelle est la stratégie de dépistage du gouvernement, et d'où vient le blocage. « Est-ce que les ARS surfent sur la crise pour obtenir le financement de machines pour leurs propres centres hospitaliers ? Est-ce qu'elles méconnaissent le fonctionnement de nos laboratoires ? » s'interroge un élu. Lui préfère rester anonyme : il veut croire que cette situation ubuesque finira par se débloquer. «  Peut-être qu'ils n'ont pas assez de personnel pour effectuer les prélèvements en amont ? C'est possible. Ce n'est pas le tout d'analyser des échantillons : encore faut-il des bras pour les prélever. Et cela fait beaucoup de bras. Mais dans ce cas, qu'ils arrêtent leur stratégie, et qu'ils nous le disent ! Mais je ne veux pas les braquer, vous comprenez ? » Nous comprenons. Sollicité par Le Point à plusieurs reprises depuis 10 jours, le ministère de la Santé ne nous a pas répondu. Sinon par ces mots : « Il y a un problème de norme. C'est à l'étude… »

 

4.2 SUITE Coronavirus : les laboratoires vétérinaires commencent enfin les tests

Un décret publié dimanche soir autorise les laboratoires publics départementaux destinés aux animaux à dépister le coronavirus. Mieux vaut tard que jamais.

Par Géraldine Woessner

 Modifié le 09/04/2020 à 09:34 - Publié le 08/04/2020 à 12:59 | Le Point.fr

Le département de la Saône-et-Loire a été le premier à se lancer : les tests de Covid-19 envoyés lundi par le CHU de Mâcon au laboratoire départemental Agrovalys 71, destiné habituellement aux filières agricoles et viticoles, ont été analysés… en moins de 4 heures. Un soulagement pour le personnel soignant, qui devait jusqu'à présent patienter 48 heures avant d'obtenir les résultats, les prélèvements devant être envoyés, faute de capacités, à Paris ou à Lyon.

Comme France, aux biologistes vétérinaires de traiter des prélèvements émanant d'un corps humain. Une absurdité dénoncée par les présidents de conseils départementaux, et par les fournisseurs de ces laboratoires, qui avaient indiqué dès le 15 mars au directeur général de la santé Jérôme Salomon disposer d'un stock suffisant de réactifs pour réaliser 150 000 à 300 000 tests par semaine.

      Atout clé

Dès vendredi soir, le ministre Olivier Véran annonçait la suspension de cette norme, et un décret autorisant les laboratoires départementaux à participer à l'effort général est paru dimanche soir au Journal officiel. « On a trois semaines de retard, si bien que avons dû vendre une partie de nos stocks de tests à l'Allemagne ou à l'Italie, confie au Point un acteur de la chaîne. Nos capacités sont réduites aujourd'hui, mais elles restent importantes, et mieux vaut tard que jamais… »

En effet, les laboratoires d'analyse vétérinaires disposent d'un atout clé, que l'administration, déplorant une pénurie de réactif, a tardé à comprendre : les laboratoires départementaux, souvent beaucoup mieux équipés puisqu'ils traitent un nombre considérable d'analyses, disposent de machines « ouvertes » : leurs thermocycleurs sont capables de s'adapter à différents types de réactifs, quand les machines des laboratoires de biologie médicale, « fermées », ne fonctionnent qu'avec les produits de leurs fabricants.

La machine de guerre se met en route

Le laboratoire de Saône-et-Loire, qui prévoit d'atteindre une capacité de 2 000 tests par jour, a pris les devants dès le début de la crise : 20 000 euros ont été investis, et une convention signée avec le Centre hospitalier pour encadrer leur collaboration. L'Agence régionale de santé a donné son feu vert pour que les premiers tests soient réalisés à partir d'aujourd'hui.

 

Dans d'autres départements, le processus sera un peu plus long : le laboratoire d'Indre-et-Loire sera opérationnel lundi prochain, avec, lui aussi, une capacité de 2 000 tests par jour. Celui de Dordogne, qui dispose de la plus grande capacité analystique du département, n'attend plus que le feu vert du préfet. D'autres se concentrent sur leurs capacités futures à traiter les tests sérologiques…ent de la commission « maladies infectieuses et maladies émergentes » du Haut Conseil. De façon étonnante ce dernier a des liens d’intérêt important avec le laboratoire Gilead qui fabrique le remdésivir qui est le concurrent de la chloroquine (il en est de même de la vice-présidente de la commission citée ci-dessus).

Le Monde du 25 avril, dans un article indigne d’un organisme de presse national, dévalorise fortement l’hydroxychloroquine avec des données qui n’ont aucun sens et sans valeur significative.

 

Des tests avec différentes molécules sont en cours et il est difficile à la date d’aujourd’hui de savoir exactement les bénéfices de telle ou telle solution .On peut citer des essais sur

 écise des rôles de chacun en cas de crise : l’Élysée, le Premier ministre, le Ministère, les cellules d’experts.. On est bien actuellement dans cette situation, car on ne sait toujours pas qui fait quoi ? Qui est responsable livrés. 

L’inquiétude monte inévitablement au sein du ministère de la santé, qui s’alarme des difficultés d’approvisionnement, et de la lenteur de Santé publique France. Lors d’une réunion interne sur le sujet, le 11 février, il est acté qu’atteindre l’objectif de 28,4 millions de masques FFP2 est compromis. Ce qui n’empêche pas le nouveau ministre de la santé, Olivier Véran, de claironner, à plusieurs reprises, le 18 février, au micro de France Inter, que la « France est prête » face au « risque pandémique ».

Comment expliquer ce fiasco ? Le ministère fait valoir qu’il s’est heurté à un marché très concurrentiel – offre limitée, demande accrue à travers le monde, prix en hausse –, notamment face aux Asiatiques, qui possèdent déjà leurs canaux d’approvisionnement habituels.

49, associé à l'antibiotique l’azithromycine, déjà utilisé dans le traitement d'infection des voies respiratoires. Le 16 mars, il affirme que, six jours après le début de leur traitement, les trois quarts de ses patients ont vu leur charge virale considérablement baisser. En réaction à ces annonces, le lendemain, le ministre de la Santé Olivier Véran déclare avoir "pris connaissance des résultats" et "donn avril.

Ces tests sérologiques pourraient donner une image plus précise de la contamination de la population française, et surtout permettre d’identifier les personnes immunisées et les autres, encore vulnérables. Le confinement serait alors réservé aux malades et à leurs contacts. L’élaboration de ces tests à une grande échelle risque cependant de prendre du temps